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    Le gamin a le bon goût de paraître contrit. Elland s'en veut un peu, de cette remontrance, car c'est l'un des qualificatif qui lui vient à l'esprit quand il pense à ce que lui a fait subir cet homme. Les autres qualificatifs étant encore moins à prononcer devant un enfant. D'un geste, il lui fait signe de poursuivre.

    - Je m'a réveillé dans un lit qui sentait mauvais. Avec un mal de tête, je te dis pas !
    - Ils t'ont fait mal ?
    - Ben pas vraiment. Ils m'ont dit qu'ils le feraient si je leur obéissais pas. Alors j'ai préféré obéir, tu vois, parce que j'avais pas très envie qu'ils me font mal.
    - Fassent.
    - Si tu veux. Et pis, c'est là que Maelenn est arrivée.

    Les yeux d'Elland se rivent immédiatement sur la drapière, qui rougit à nouveau. La drapière. Maelenn. Ils cherchaient la même femme. Devant son regard interrogatif, elle lui raconte :

    - Ça faisait déjà plusieurs semaines que j'étais là-bas. Quand j'ai su que Ménandre avait été amené dans la tour, je me suis débrouillée pour avoir à m'occuper de lui. Les gardes préféraient, quand on s'occupait des derniers arrivés. Et j'ai fait en sorte qu'ils ne le touchent pas.
    - Mais vous n'êtes pas mage ? Vous êtes drapière.

    Elle explose d'un rire cristallin qui fait instantanément rougir Elland. Et qui agit aussi sûrement qu'un baume de Théoliste. Voyant son malaise, elle se reprend et poursuit avec un sourire espiègle :

    - L'un n'empêche pas l'autre, jeune homme.
    - Vous avez vraiment des pouvoirs ?

    Elle acquiesce doucement. D'un mouvement du menton, elle lui montre une bassine, tout près de la rivière. Les torches permettent de voir le battoir et le pain de savon qui s'affairent sur un linge aux teintes carmines. Sorcellerie ! Pourtant, depuis qu'il a mis les pieds dans la Grand Tour Célestis, plus rien ne devrait l'étonner. Devant l'air stupéfait d'Elland, Ménandre rit à gorge déployée, attirant l'attention des autres blessés. Ils attirent même l'attention de Pèire qui arrive, les bras chargés d'un plateau. Elland se redresse un peu, essayant de reprendre contenance. S'il ne ressent aucune douleur, il est toujours un peu déphasé et a du mal à saisir ce qu'il se passe. Et Pèire le comprend d'un regard. Il dépose le plateau et leur propose des bols de ragoût. Si l'apparence n'est guère plus appétissante que l'odeur qui s'en dégage, personne ne tord le nez. Ils sont affamés. Ils se jettent donc sur la nourriture et la dévorent en silence. Ménandre jette des regards à la ronde, tandis qu'Elland, lui, observe Maelenn à la dérobée. Ce n'est qu'une fois l'estomac rempli qu'Elland se souvient de son savoir-vivre et qu'il demande à Pèire :

    - Tu vas bien ? Et les autres ?
    - Je vais bien, oui. Quelques égratignures, mais rien que Théoliste ne puisse soigner. Thémus se repose, on a presque dû l'assommer pour qu'il ferme enfin les yeux. Ses blessures sont plus sérieuses, mais il ne voulait pas nous laisser à la merci des soldats. Jehanne se repose aussi : elle n'a pas été touchée, mais elle est épuisée. Osvan n'a toujours pas repris connaissance et je crois bien que ça inquiète Théoliste.
    - Et Anthelme ?
    - Toujours inconscient. Un coup à la tempe peut être très dangereux.

    Les regards se perdent dans le fond des bols. Dire l'angoisse de Théoliste serait inutile. Et ils ne peuvent rien faire pour guérir Anthelme. Alors Elland essaie de changer de sujet.

    - Maelenn et Ménandre m'expliquait comment ils s'étaient retrouvés. Même si je ne sais toujours pas ce qu'ils font ici.

    Pèire esquisse un sourire amusé et la drapière, de bonne grâce, poursuit son récit :

    - J'ai donc pris Ménandre sous mon aile. J'aurais préféré qu'il ne se retrouve jamais dans cette tour et qu'il reste libre, mais puisqu'il y était, autant le protéger.
    - Mais je ne comprends pas pourquoi ils ont enfermé le gamin dans la tour. Je veux dire, on les gênait, clairement, à fouiller Rivemorte à votre recherche. Ils ont essayé de se débarrasser de moi alors pourquoi avoir enlevé Ménandre et l'avoir gardé …

    Il s'interrompt soudain, réalisant ce qu'il est en train de dire. S'il est évident que personne, autour du lit improvisé, ne souhaite la mort du gamin, s'étonner de le voir vivant lui semble … inconvenant. Déplacé. Un coup à attirer le mauvais oeil. Mais Ménandre, dans ce qu'il lui reste de candeur, répond d'une voix enjouée :

    - Ben c'est ce que je me suis dit aussi. J'ai bien cru qu'ils allaient m'occire. Mais non. Je crois bien que le coquin a paniqué. Z'étaient pas contents, de le voir revenir avec un colis supplémentaire à la tour. Pis y'a un drôle de messire qu'est venu. Il m'a regardé sous toutes les coutures. Et il a dit que ma place était à la tour.

    Elland jette un regard alarmé à Maelenn, qui lui adresse un sourire désolé. Un mouvement attire l'oeil d'Elland, qui assiste, interdit, à la lévitation d'une feuille. Si les premiers centimètres sont plutôt chaotiques, Ménandre parvient à la stabiliser et à lui imprimer un mouvement fluide jusqu'à ce qu'elle chatouille le bout du nez du convalescent, le faisant à la fois loucher et éternuer. L'éclat de rire du gamin est tout simplement machiavélique et lui donne des sueurs froides. Ménandre a toujours été doué pour arranger la vérité à son avantage et pour monter des coups en douce. S'il est à présent capable de ce prodige...

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  • Crépuscule sur Wyzima

     

     

    La première chose qu'il voit, en ouvrant les yeux, c'est le vert des feuilles qui se découpe sur le bleu du ciel. Puis de grands yeux graves s'imposent dans son champ de vision, au milieu d'une frimousse qu'il connait bien. Mais c'est impossible. Ménandre est introuvable. Ménandre est mort. Alors il referme les paupières.
    Et puis, il y a cette voix, légèrement aigüe à cause de sa jeunesse. Qui l'appelle. Impossible.

    Le ciel a revêtu ses noirs atours lorsqu'il ouvre à nouveau les yeux. Les troncs rugueux apparaissent à la lueur vacillante de torches. Lentement, il tourne la tête sur sa droite. La drapière est assise tout près, un doux sourire sur les lèvres, et tient contre elle un Ménandre endormi. Impossible. Sur la gauche, il découvre des lits de fortune, à perte de vue, où dorment et où gémissent des blessés. Trop réaliste pour être la mort ? Trop étrange pour être réel ?
    Aucune douleur ne se réveille, mais il a la bouche pâteuse. La drapière sourit toujours. Un mouvement, sur sa gauche. Une femme lui apporte un bol d'eau, lui redresse doucement la tête. Il boit avidement, avant de reporter son attention sur la drapière. Ses cheveux blonds sont ramenés en un chignon lâche, qui laisse échapper des mèches qui entourent son joli visage. La lueur des torches se reflète dans ses yeux, mais Elland ne parvient pas à en déterminer la couleur. Elle ne dit rien. Il tente un sourire, et elle y répond.


    - Ah, tu es réveillé. Parfait.

    Il tourne vivement la tête en direction de la voix. Théoliste. Son visage est creusé par d'énormes cernes noirs et il semble avoir perdu dix livres. Dans son regard se lit une gravité pesante. Mais c'est bien son ami qui se tient debout devant lui. Il doit percevoir sa confusion, car il s'agenouille à ses côté et le palpe doucement. Et murmure entre ses dents :


    - C'est vraiment prodigieux. Echidna a léché tes plaies, pendant que tu étais inconscient. Il reste bien sûr des cicatrices, mais tes blessures sont saines, et quasiment guéries.
    - Où est-elle ?
    - Elle patrouille autour du camp et préviendra Jehanne en cas d'intrusion.
    - Le camp ?
    - Nous nous sommes installés ici, oui. Trop imprudent de continuer avec nos blessés. Il faut qu'ils se remettent sur pied et nous aviserons ensuite. Des volontaires se relayent à tour de rôle pour surveiller l'entrée des souterrains. Nous sommes en sécurité ici.

    Elland acquiesce doucement et constate, surpris, qu'il ne ressent aucune douleur. Il fait signe au médecin, qui se penche obligeamment vers lui, et lui demande dans un murmure :

    - Je vois une femme, sur ma droite. C'est normal ?

    La bedaine généreuse de Théoliste s'agite alors qu'il explose de rire. Par égard pour les autres blessés, cependant, il s'interrompt rapidement. Et lui répond dans un murmure :

    - Parfaitement normal ! Elle va t'expliquer. En attendant, j'ai d'autres patients à voir. Demande-lui si tu as besoin de quelque chose.

    Elland ne regarde qu'à peine le médecin s'éloigner et reporte son attention sur la jeune femme. Ses joues semblent avoir rosi. Elle secoue doucement l'épaule de Ménandre, qui se réveille immédiatement. Il s'inquiète tout de suite d'Elland. Son visage s'illumine d'un sourire radieux lorsqu'il le voit réveillé et il saute des genoux de la drapière au lit de fortune du blessé. De toute sa jeune force, il serre dans ses bras son ami. Et le voleur se tortille pour trouver une meilleure position et lui rendre son étreinte.
    Ils restent de longues minutes immobiles, dans les bras l'un de l'autre. Muets. Parler laisserait transparaître l'émotion qu'ils ressentent mais qu'ils cachent soigneusement. Et qui finit par être trop forte. Ménandre explose en sanglots dans le cou d'Elland. Sa voix est rauque lorsqu'il murmure, tout en lui caressant doucement le dos :


    - Du calme, mon bonhomme, du calme. C'est fini. Tout va bien. Respire.

    Le gamin finit par s'apaiser, après quelques minutes. Lorsqu'il se redresse, Elland en profite pour le regarder. Des larmes coulent encore sur ses joues, qui se sont creusées depuis la dernière fois qu'ils se sont vus. Il a maigri, oui, et ses grands yeux reflètent plus que jamais ses expressions. Sous la joie indicible qui y brille, Elland y lit également une maturité encore renforcée par les épreuves qu'il a subit. Tout doucement, du bout des doigts, il lui caresse les joues, les cheveux. Pour s'assurer qu'il est bien là. Que ce n'est pas un rêve ou une satanée illusion. Et il laisse enfin s'exprimer sa curiosité :


    - Raconte-moi tout ! Comment est-ce que tu t'es retrouvé ici ? Tu n'as rien ?
    - Non, non, je n'ai rien du tout. Je vais très bien. Je me faisais un sang d'encre pour toi. Parce que c'est un peu ma faute si tu es tombé incontinent.
    - Incontinent ?

    Elland jette un regard embarrassé à la drapière, les joues en feu. Inconscient des raisons de sa gêne, Ménandre reprend rapidement :

    - Oui, dans les pommes quoi.
    - Ah ! Inconscient. Mais pourquoi est-ce que c'est de ta faute ?
    - Ben, parce que je t'ai vu aller chercher du bois. Pis j'ai voulu te faire une surprise, tu comprends. J'étais tellement content de te revoir ! En plus que je t'avais même pas vu quand on a fuit la tour... Bon, faut dire aussi qu'on était drôlement nombreux, et pas mal secoués.
    Alors je t'ai sauté dessus, quand tu ramassais le bois. Et pis ben là, t'es tombé inconstant. Théoliste avait un regard tout inquiet quand je l'ai appelé. Mais il dit que c'est à cause de tes blessures. Et de la fatigue. Alors on t'a ramené. Et dès qu'il a fait nuit, Echidna est venue pour te soigner. Mais je voulais pas te faire mal. J'étais si content de te voir !
    - Et je le suis aussi, bonhomme. Mais où étais-tu, pendant tout ce temps ? Dans la tour ?
    - Quand on s'est fait attaqué, l'un des vauriens m'a attrapé et m'a jeté sur son épaule. Comme un sac de patates. Mais comme je suis pas un sac de patates, je me suis débattu. J'lui ai donné des coups de pieds et des coups de poings et je l'a même mordu dans le dos. Mais il a pas beaucoup aimé. Il m'a assommé, ce fils de chienne !
    - Ménandre ! Ton langage !


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  • ruelle médiévale

     

     

     

    Elland se jette à terre. Autour de lui, c'est le chaos. Les fuyards se piétinent, s'écroulent, le ventre ou la gorge transpercés. Les hurlements de douleur résonnent entre les murs. Puis une autre vague de mouvement se dessine rapidement. Les archers ont laissé leur place aux soldats, épée dégainée. Ils jaillissent dans la pièce, tailladant sans pitié les corps proches d'eux.

    Thémus fait front et hurle ses ordres. Il croise le fer avec un soldat, qu'il ne tarde pas à désarmer, avant de l'embrocher rapidement. Certains mages se redressent alors. Des boules de feu atteignent les soldats, leur arrachant des cris de douleur. Le tisonnier de la cheminée fend les airs pour se planter dans la poitrine d'un garde, traversant son armure comme s'il s'était agit d'une motte de beurre. Un vent infernal se lève, projetant leurs ennemis contre les murs. Des dizaines d'objets, aussi divers que surprenants, deviennent des armes imparables.

    Mais les renforts sont nombreux. Pèire et Thémus défendent chèrement leur vie dans de farouches combats à l'épée. Elland s'est redressé et combat lui aussi, avec toute l'ardeur dont il est capable. Mugissements des soldats. Plaintes des blessés. Acier qui s'entrechoque. La tour semble vaciller sur ses fondements tant ses pierres résonnent.

    Le chaos s'installe et se repaît du sang qui macule le sol en terre battue. La Mort fauche joyeusement les âmes, réjouie par cette récolte foisonnante. La douleur s'installe, investit les lieux. Le temps s'est figé et retient son souffle.

    Et comme la marée reflue lentement, les cris se taisent peu à peu, faisaient place aux gémissements et aux lamentations. Les chocs des épées se font moins nombreux, jusqu'à disparaître peu à peu. Les survivants regardent autour d'eux, hébétés.

    La fosse dans laquelle se sont abîmés le mage qui maniait les tables et ceux qui le suivaient laisse apparaître ses pieux aiguisés, souillés de sang. Ils sont tous morts. De nombreux corps de soldats, disloqués, sont avachis contre les murs, dans des postures improbables.
    Les autres sont parsemés au milieu de la pièce et leurs corps prouvent la violence du combat. Il ne reste plus aucun soldat en état de combattre.

    Les mages ont été durement touchés et nombreux sont ceux qui abreuvent la terre de leur sang. Toute la puissance de leurs pouvoirs n'a pas suffit à les épargner.
    Thémus ruisselle d'un liquide carmin. Ses vêtements lacérés laissent voir ses blessures. Pèire est figé, debout, droit comme un soldat impérial. Sous le choc. Théoliste s'affaire, évidemment, soignant autant qu'il peut les blessés, lui qui a échappé à la morsure de l'acier. Elland reprend doucement son souffle, essayant de discerner, dans la douleur omniprésente, les plaies les plus graves. Plusieurs estafilades sont apparues, mais rien de bien méchant.

    Des bruits de pas dans l'escalier. Tous se retournent vivement. C'est Saens, qui les rejoint accompagné par une trentaine de mages. Les ordres de Thémus fendent le silence sépulcral.


    - Que les valides aident les blessés. On doit partir.

    Elland se dirige aussitôt vers la porte. Il sait qu'il n'est pas capable d'aider qui que ce soit, lui qui peine déjà à tenir debout. Ne pas enterrer les mages morts le chiffonne un peu, mais il comprend : ils ne peuvent pas rester ici plus longtemps.
    Et s'il n'y a aucune trace de Jehanne, d'Anthelme et d'Osvan, c'est qu'ils doivent être dans les souterrains. Mais les soldats se sont-ils encombrés d'eux vivants ? Il doit en avoir le cœur net.

    Et il lui suffit d'aller jusqu'au premier embranchement pour les découvrir. Anthelme et Osvan sont inconscients. Peut-être morts. Jehanne se débat dans ses liens, un solide bâillon enfoncé dans la bouche. Elland se précipite pour la libérer et, sans écouter son babillage hystérique, palpe les deux corps. Inconscients. Assommé, Anthelme, à en juger par la plaie sanglante sur sa tempe. Osvan n'a sans doute pas encore repris conscience depuis le repaire de Théoliste.

    Elland s'écarte, refusant de voir la panique du médecin à la vue du corps inanimé de son compagnon. Il attrape le bras de Jehanne et la presse de les guider dans le dédale. Rester ici est trop dangereux, mais personne ne connaît les plans de ces maudits souterrains.
    Pèire apparaît soudain, posant une main apaisante sur l'épaule d'Elland. Et serre Jehanne entre ses bras, si fort qu'il semble l'engloutir. Au mouvement de ses lèvres, Elland devine qu'il lui murmure des paroles réconfortantes, peut-être même ces mots précieux qui guident le monde. Le voleur se détourne à nouveau.

    Dans un état second, il voit à peine Pèire passer un bras autour de la taille de Jehanne. Et c'est machinalement qu'il les suit dans les entrailles de la terre.
    Des dizaines d'hommes et de femmes sont morts, cette nuit. Ils n'ont toujours retrouvé Ménandre, et même l'aide promise par les mages ne le rassure pas. Ce gamin, qu'il avait juré de protéger, qu'il appré... non, qu'il aime, comme s'il était son propre fils, ce gamin ne peut qu'être mort maintenant. Trop de temps a passé depuis son enlèvement. Et la fuite des mages va faire paniquer Tanorède et tous les puissants de Rivemorte. Les gardes, les patrouilles et les soldats vont fouiller chaque taudis, chaque ruelle à la recherche des traîtres. Et il est plus que probable que les représailles seront impitoyables.

    Ils vont devoir disparaître, se faire oublier. Théoliste ira prendre soin d'Anthelme et sans doute d'Osvan aussi. Pèire apprendra à apprivoiser Jehanne. Et lui ? Il restera avec Echidna, présence à mi-temps, à ressasser ses erreurs et sa culpabilité. Il n'est plus assez habile pour continuer ses larcins. Il va devoir s'exiler, survivre dans une ville inconnue. Seul avec une gargouille.

    Dans un monde parfait, il aurait trouvé une petite maisonnette, en bordure de ville. La drapière lui confectionnerait des petits plats savoureux, aidée par un Ménandre toujours aussi espiègle. Echidna veillerait à leur bonheur.
    Mais il ne sait que trop bien que ce monde n'est pas parfait. Ils ont sauvé les mages, peut-être. Ils ont réparé une injustice, éventuellement. Mais leur petite vie d'avant a volé en éclat. Et Ménandre...

    Il cligne des yeux en émergeant au soleil. Certes, ce sont les premiers rayons de l'aube. Mais ils sont à l'air libre. Hors de la ville. Au beau milieu d'une forêt dense.
    Hébété, il observe Jehanne, le visage rayonnant de fierté. Pèire, à ses côtés, sourit tendrement. Mais Thémus, après de rapides félicitations, les pousse à avancer encore un peu. Ils sont trop vulnérables, proches de la sortie comme ils sont. Encore un dernier effort.

    Ils s'arrêtent finalement après une lieue de marche, dans une clairière où chante une rivière. Thémus, toujours aussi maître de la situation, donne ses ordres. Les blessés sont soigneusement allongés et les valides allument des feux, vont chercher de l'eau.
    Théoliste et tous les mages capables de soulager ou de guérir s'affairent. C'est tout naturellement qu'Elland va ramasser des branches mortes, malgré sa fatigue. Mais alors qu'il est accroupi, un bruit de course résonne. Il n'a pas le temps de se retourner qu'il est violemment percuté et s'écroule au sol. La douleur dans son épaule explose. Plus rien.

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  • the-cryptkeeper

     

    - Elland !

    Pèire secoue d'une main douce l'épaule indemne d'Elland. Son regard inquiet le scrute avant que, d'un mouvement de tête, il lui indique le bruit provenant des escaliers. Des escaliers qu'ils viennent de sécuriser. Elland se redresse à grand peine, empoigne sa dague dans un geste dérisoire. Si les gardes ont vaincu Thémus et Théoliste, ils ne pourront rien faire. Mais ce sont précisément les deux compères qui débouchent des escaliers.

    Du sang macule de tâches sombre la tunique de Thémus, tandis que le médecin se tient légèrement en retrait, le visage fermé. Derrière eux, une quinzaine de mages, l'air déterminé. Ils s'immobilisent au milieu du couloir, attirant instantanément tous les regards. Thémus en profite pour déclarer :


    - Nous avons neutralisé tous les gardes des étages supérieurs et Saens s'occupe de rassembler les mages. Nous devons leur sécuriser le chemin. Combien sont-ils ? Quelles armes ont-ils ?

    S'il n'affiche aucun sentiment, Thémus n'en scrute pas moins chaque personne présente, les jaugeant d'un rapide regard. Les blessures d'Elland ne lui ont pas échappé, mais il se contente d'un léger signe de la tête. Nul doute qu'il a vu le corps sans vie de Roscelin.
    Pèire lui résumé rapidement la situation et l'aura de Thémus semble encore prendre de l'ampleur. Il n'a pas une seule hésitation lorsqu'il ordonne aux mages dont les pouvoirs sont les moins utiles de rester en retrait.
    Puis, comme une armée parfaitement rodée, trois mages prennent la tête du groupe. Le premier, d'une simple apposition des mains, tranche les pieds des tables comme s'il s'agissait d'une miche de main qu'on rompt. Puis un second fait léviter les plateaux de bois, à l'horizontale, de manière à ce qu'ils couvrent quasiment toute la largeur du couloir et montent à près de trois mètres de hauteur. Il ne laisse qu'un espace d'une quinzaine de centimètres entre les deux plateaux, leur permettant de voir ce qu'ils ont à affronter.
    Le troisième s'avance alors et semble caresser cet espace dégagé qui, s'il leur permet de voir, les rend aussi vulnérables. Les pierres de l'autre côté des tables se voilent légèrement. Le troisième mage se recule et murmure :


    - Leurs flèches ne pourront pas traverser le voile. Mais nos armes peuvent le traverser.
    - Allons-y alors.

    L'ordre de Thémus est à peine chuchoté, mais les mages qui le suivaient se mettent en place et le télépathe fait avancer leur bouclier. Elland, abasourdi par la tournure des évènements, se range sagement dans la file et suit tant bien que mal le rythme, malgré la douleur lancinante au mollet.
    L'escalier vers l'étage des cuisines est plus large que les précédents, mais le négocier prend beaucoup de temps et nécessite de la délicatesse. Elland ne s'impatiente pas pour autant. La maîtrise de Thémus l'a rassuré, tout comme la certitude de n'avoir aucun ennemi dans le dos. Et ils sont près d'une cinquantaine, désormais, qui marchent vers la liberté. Ils ne laisseront personne les arrêter.

    Le mage qui manipule ce qu'il reste des tables avance lentement dans le couloir des cuisines. Chaque porte est ouverte, chaque pièce fouillée et ce n'est que lorsqu'ils ont la certitude de ne laisser aucun garde derrière eux qu'ils reprennent leur marche.
    Un silence étouffant les accompagne, comme porteur d'un message funeste.
    Le couloir des cuisines est désert, et c'est avec beaucoup de précautions qu'ils descendent le nouvel escalier. Personne en vue.

    C'est Pèire qui se charge du code pour ouvrir la porte qui protège Jehanne, Anthelme et Osvan. Seul le silence lui répond. Claudiquant, Elland s'approche à son tour, guettant le moindre mouvement du battant de bois qui reste désespérément clos. Pèire fait lentement tourner la poignée et la porte s'ouvre en silence. La porte s'ouvre. Alors qu'elle aurait dû être barricadée. Ils se précipitent à l'intérieur, arme au poing. D'autres mages les suivent, conscient d'un danger potentiel. Mais la pièce est déserte. Les meubles qui barricadaient la porte sont éparpillés dans la pièce, brisés, démembrés. Les chaises bancales qui encombraient les lieux sont définitivement hors d'usages. Plus aucune cachette ne subsiste. Et aucune trace de Jehanne, Anthelme et Osvan.

    Thémus se tient sur le seuil de la porte, le visage sombre. Aucune parole n'est nécessaire. D'un geste, il ordonne la progression. Ils retrouveront leurs amis. Ils ne peuvent pas échouer. Théoliste, pâle comme la mort, reste figé et il faut quelques paroles murmurées au creux de son oreille par Pèire pour qu'il se remette en mouvement.
    Les salles suivantes sont tout aussi désertes, et c'est lentement mais sûrement qu'ils progressent jusqu'aux prochains escaliers.

    Lorsqu'ils débouchent dans la salle des gardes, elle est également vide. Alors qu'en toute logique, leurs ennemis auraient dû préparer leur traquenard ici. Ils ne les laisseront pas partir, c'est impensable. Alors où sont-ils ? Dans les souterrains ?

    L'homme qui manie les tables avance très prudemment et les mages qui l'entourent scrutent chaque détail à la recherche d'un piège. Les bancs et la table qui meublaient cette pièce sont désormais contre les murs, c'est le changement visible depuis qu'ils sont passés par là, à peine quelques heures plus tôt. Quelques heures. Qui semblent être une éternité aux yeux d'Elland, dont les forces s'amenuisent à mesure que les bandages de fortune laissent s'écouler son sang.
    Si leurs ennemis ne sont pas là, alors ils les attendent dans les souterrains, juste derrière la porte. Ils ne prendraient pas le risque de diviser leurs forces dans le labyrinthe.

    Et soudain, les mages en tête sont aspirés par le sol. Les tables qui servaient de bouclier s’effondrent dans un fracas infernal. Fracas qui couvre à peine les cris d'agonie des sorciers. Ceux qui suivaient de près reculent vivement dans la confusion. La porte des souterrains s'ouvre alors, permettant aux archers de tirer leurs traits mortels.


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  • ruelle

     

    Il faut une dizaine de minutes aux mages pour revenir avec deux longues tables en bois épais. Tous se joignent à eux pour les faire descendre dans le colimaçon, se protégeant des flèches meurtrières avec les meubles, évitant soigneusement le corps du vieillard. Enfin, avec d'infinies précautions, ils les dressent sur le côté.

    Les bandages rudimentaires d'Elland sont poissés de sang. La douleur, bien qu'atténuée, pulse toujours sourdement, et la perte de sang le fait vaciller. Alors qu'il observe, adossé au mur, le délicat enlèvement de Roscelin, Echidna fait une brutale intrusion dans son esprit. Elle ne dit rien mais il sent parfaitement sa présence, quelque part en lui. Comme si elle analysait son état, scrutant les douleurs de son corps et les faiblesses de son esprit. Elland la laisse faire, trop fatigué pour s'y opposer, trop intrigué pour la repousser. Et la gargouille, malgré la distance qui les sépare, apaise les ultimes douleurs lancinantes, lui met du baume au cœur et lui rend un peu d'espoir. Oui, ils sortiront vivants d'ici. Et oui, les choses s'arrangeront. Et même s'il sait pertinemment que la vision des futurs possibles ne fait pas partie des dons de la gargouille, Elland a envie d'y croire.

    C'est donc malhabile, boitillant, les vêtements en lambeaux, mais déterminé qu'il descend la volée de marche et prend position près de Pèire et des deux mages. Puis, dans un soutien muet, d'autres mages se joignent à eux et se protègent des flèches derrière les tables en bois. Avec la coordination de Pèire, murmurée, les tables avancent doucement, rempart solide contre les arcs courts qu'utilisent les archers, idéals pour les endroits confinés, perçant si facilement les vêtements et la peau, mais pas suffisamment puissants pour transpercer un bois aussi épais.

    Les carreaux se plantent dans la table, la faisant vibrer, ponctuant les attaques d'un bruit de choc retentissant. Mais les pointes s'enfoncent sans jamais transpercer, et les vibrations, si elles mettent leurs nerfs en pelote, ne représentent aucun danger. Alors, dans un crissement de bois, ils avancent, inexorablement.
    Les archers changent de technique : les flèches s'envolent, tentent de les prendre de revers, mais elles échouent, toutes, les unes après les autres. La faute au plafond, trop restrictif.

    Et soudain, l'ordre de repli résonne entre les murs, bref et péremptoire. Ils immobilisent aussitôt leurs tables, n'osant pas se découvrir pour s'assurer que les archers se replient réellement, de crainte que ce ne soit qu'une feinte. Le silence retombe, uniquement troublé par les bruits des pas dévalant les escaliers, droit devant eux. Alors Elland, avec prudence, jette un oeil. Les archers n'y sont plus, la voie est libre. Prestement, ils poussent les tables jusqu'aux escaliers, pour bloquer toute nouvelle intrusion. Et tandis que les derniers mages restés dans le colimaçon les rejoignent, les autres s'empressent d'ouvrir les portes closes. Des chambres, des cellules plutôt, sur toute la longueur, d'où émergent hommes, femmes et enfants hagards. Des sorciers, encore et toujours.

    Ils restent ainsi quelques minutes, le temps de se retrouver et, pour Elland et Pèire, de faire le point sur la situation. Les gardes ont sans doute vu clair dans leur plan : puisqu'il est trop dangereux pour eux de s'aventurer au milieu de leurs captifs, ils bloquent l'unique issue. Les mages ne s'enfuiront pas.
    Une attaque frontale semble bien hasardeuse, d'autant que leurs ennemis sont armés et bien entraînés. Eux, ils n'ont que leur détermination et des pouvoirs. Mais combien d'utiles dans leur situation ?

    Les mages murmurent entre eux, douce cacophonie qui révèle à la fois leur excitation et leur peur. Pèire fait les cent pas, cherchant sans doute une solution qui pourrait les tirer de là. Elland s'est adossé contre le mur, les yeux fermés. Mais l'heure n'est pas au repos et son esprit traque la moindre brèche dans le piège qui s'est fermé autour d'eux. L'idéal, évidemment, serait d'avoir des complices dans les souterrains, prêts à prendre à revers les gardes de cette fichue tour. Mais s'ils avaient des complices, au moins les hommes de Thémus, ils sont à présent emprisonnés, grâce à Tanorède. D'ailleurs, celui-là, s'il peut avoir des barres de bois animées qui battent la laine dans son atelier, c'est sans doute parce qu'il fricote avec cette engeance responsable de l'enfermement des mages.
    Impossible donc de compter sur des renforts. Il y a bien Anthelme, Jehanne et Osvan, enfermés dans une pièce plus bas. Si personne ne les a trouvé et passé par le fil de l'épée. Mais seuls face à vingt gardes... Ouvrant brusquement les yeux, Elland réalise que les archers ne portaient pas l'uniforme des gardes. Pas de hérissons sur le revers de leur veste. Des renforts, sans aucun doute. Évidemment. Les gardes doivent être là pour assurer la sécurité quotidienne, mais il ne fait aucun doute qu'en cas d'attaque ou de rebellions, les responsables ont prévu des renforts.

    Sa jambe gauche faiblit et les bruissements autour de lui s'estompent. Il se laisse lentement glisser contre le mur. Son cœur n'a pas cessé de battre la chamade, mais c'est maintenant une boule d'angoisse qui lui broie le ventre. Il ne peut s'empêcher d'imaginer Anthelme, Jehanne et Osvan découverts, malmenés, baignant dans leur sang.
    Il ne peut s'empêcher d'imaginer Thémus, Théoliste et Saens vaincus par les gardes présents dans les autres étages. Et eux, pris en tenaille.


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  • Ville médiavale fantasy

     

     

    Tout est calme, presque trop calme dans le corridor. En réalité, il est désert. Pèire le suit, puis vient le tour de Roscelin. Dans le silence nocturne, quelques ronflements se font entendre. Il y a aussi les battements sourds de son cœur, mais Elland espère que personne d'autre ne peut les entendre. Tandis qu'il surveille le couloir, secondé par Pèire, Roscelin ouvre une porte, réveille l'occupant de la cellule d'un murmure. Quelques secondes s'écoulent, semblables à une petite éternité. Le vieil homme ressort, suivi d'un jeune mage endormi, et répète l'opération à la porte suivante. Puis encore, et encore, jusqu'à ce que le couloir soit rempli de mages aux yeux bouffis par le sommeil. Les étoffes bruissent doucement, mais aucun chuchotement ne vient troubler la quiétude nocturne. Aucun bruit de pas, aucun signe d'armes qui s'entrechoquent. Et même si ça devrait rassurer le voleur, c'est loin d'être le cas. Les gardes savent qu'il y a des intrus dans la tour. Où sont-ils alors ? Partis chercher des renforts ?

    La main crispée sur la garde de son poignard, Elland patiente, tous les sens aux aguets. Finalement, Roscelin s'approche d'eux et d'un simple hochement de tête, leur fait comprendre que tout se passe bien. Puis le vieil homme s'immobilise, réfléchit quelques secondes, hésite puis annonce finalement :


    - Je passe en premier. Si les gardes sont en embuscade, je pourrais les arrêter plus facilement.

    Pèire et Elland hochent la tête en même temps. Le voleur ne peut s'empêcher de se demander dans quoi ils se sont fourrés, et espère que tout se passe aussi bien pour Thémus, Théoliste et Saens. Mais il reporte bien vite son attention sur le vieil homme. Le danger peut être tout proche.


    Une paire de torches éclairent chichement l'escalier en colimaçon. Deux marches derrière Roscelin, Elland descend lentement, essayant de deviner l'emplacement d'un quelconque piège. C'est vraiment trop facile. Mais il n'y a pas de fil tendu à hauteur de chevilles, pas de marches piégées, pas de traquenard. Et c'est avec un soupir de soulagement que le voleur voit le vieil homme poser un pied sur les pierres du couloir de l'étage inférieur. Si les gardes avaient dû attaquer, ils l'auraient fait à ce moment, dans l'escalier.

    Un léger sourire aux lèvres, Elland descend plus rapidement les dernières marches. Et arrive juste à temps pour réceptionner Roscelin, qui vient de reculer brusquement et de perdre l'équilibre.


    - T'as vu quelque …

    La fin de sa phrase meurt sur ses lèvres. Quoi qu'ait pu voir le vieil homme, il n'en soufflera pas un mot. Pas avec une flèche fichée en pleine gorge. Le sang ruisselle sur la vieille chemise et un gargouillis étrange se fait entendre. Une seconde flèche siffle aux oreilles d'Elland, qui se baisse vivement. Un coup d'œil rapide lui donne une idée assez précise de la situation : les tables en bois brut de l'étage, auparavant situées près de la cheminée, , sont à présent redressées sur leurs séants, à l'autre extrémité du couloir. Et derrière, six archers, flèches encochées, le visent.

    Le temps semble se figer. Le voleur peut voir la sueur qui dégouline sur la tempe d'un des archers. Leurs regards se croisent une fraction de seconde. Puis six flèches se ruent sur lui. D'un même mouvement, il lâche Roscelin et bondit sur les marches pour se mettre à l'abri. Une douleur atroce lui vrille l'épaule droite. Une autre, moins forte, provient du mollet gauche. Deux empennages de flèche dépassent de son corps, comme d'improbables extensions de lui-même. Les gargouillis sont cessé, tout comme les yeux grands ouverts de Roscelin ont cessé de voir le carnage qui se profile.

    Le voleur s'adosse au mur dans un grognement de douleur. Pèire est aussitôt près de lui. Il examine rapidement les blessures, marmonne des paroles incompréhensibles, puis s'accroupit. D'un mouvement vif, il arrache l'arme plantée dans le mollet d'Elland, lui arrachant un cri étouffé. Puis, tout aussi vivement, il déchire un pan de sa chemise, dans le but de bander la plaie. Mais une jeune mage s'approche et interrompt son geste en posant une main douce sur l'avant-bras du tavernier. Elle examine à son tour la blessure. Puis, presque avec tendresse, pose la paume de sa main sur la plaie. Un gémissement échappe au voleur mais rapidement, c'est une sensation d'engourdissement qui remplace la douleur. Prenant d'office le morceau de tissu des mains de Pèire, elle panse la blessure avant de s'intéresser à celle de l'épaule. Malgré la douleur qui irradie jusque dans sa main et dans sa gorge, Elland ne peut s'empêcher de dévisager sa sauveuse. Son petit nez en trompette est retroussé dans une moue peu encourageante. Et ses yeux verts sont masqués par ses sourcils froncés par l'inquiétude. Et malgré la douleur, Elland la trouve très jolie.

    Elle monte sur la marche supérieure pour être à la hauteur de l'épaule du voleur et l'arrache d'un coup sec. L'explosion de douleur le fait crier mais aussitôt, elle applique sa main sur la plaie. Et tandis qu'elle enlève l'écharpe qu'elle porte autour du cou pour bander son épaule, elle lui explique :


    - Je ne fais qu'atténuer la douleur. Ça n'arrêtera pas le saignement et ça ne te soignera pas. Mais ça dure plusieurs heures. Dès que tu pourras, il faudra voir un médecin.

    Elland hoche doucement la tête, les mâchoires crispées, le souffle court. Même si elle atténue la douleur, il sent encore la pointe de métal fouiller sa chair et racler l'os. Cette mission de sauvetage aura été une sacrée réussite.

    Le chuchotement nerveux des mages le fait revenir à la réalité. Ils ne peuvent pas rester là. S'il parvient à lever la jambe gauche sans trop de douleur, donc à marcher, techniquement, il lui est parfaitement impossible de bouger son bras. Même plier les doigts est douloureux.

    Pèire s'approche doucement de la dernière marche, plaqué contre le mur. Puis, centimètre par centimètre, avance la tête jusqu'à apercevoir les archers. Aussitôt, une flèche vient ricocher contre le mur de l'escalier, le frôlant de peu. Les gardes sont sur le qui-vive. Ils ne les laisseront pas passer. Avant que le voleur n'ai eut le temps de dire quoique ce soit, Pèire remonte à sa hauteur, le visage pâle. Un regard leur suffit pour se comprendre : trop dangereux. Alors Pèire demande à la cantonade :

    Quels sont les sorts offensifs de chacun ? Qui pourrait nous aider à neutraliser six archers ?

    Un silence gêné lui répond. Puis, c'est un homme qui s'avance dans les escaliers en disant :


    - Je … je sais pas si ça peut aider, mais je sais bien faire pousser les plantes.

    Elland et Pèire se jettent un regard avant de dévisager l'homme, perplexes. Ce dernier passe une main nerveuse dans ses cheveux avant de marmonner :

    - Ben, on pourrait faire pousser plein de plantes de partout. Les archers n'y verraient plus rien et ne pourraient plus passer.
    - Oui mais … et nous ? Pour sortir ?
    - Ah. Oui. C'est à prendre en compte, en effet. Mais au moins, on sera protégés des flèches.

    Elland retient à grand peine un soupir de dépit avant de murmurer :

    - Nous devrions déjà emmener le corps de Roscelin loin d'ici. Pour le reste, il faut remonter à l'étage et prendre des meubles, n'importe quoi qui nous permettrait de nous protéger des flèches. Et il doit bien y en avoir un d'utile, dans le tas.

    Le regard de Pèire se porte sur l'attroupement de mages dans l'escalier. Il hausse les épaules avant de désigner quatre hommes et de leur demander d'aller chercher tout ce qui pourrait servir de bouclier. Il précise longuement qu'il souhaite quelque chose de solide et d'assez grand. Dans son regard, Elland voit bien que le tavernier aimerait les accompagner, qu'il aimerait s'assurer qu'ils ne ramènent pas de bassines et de cintres. Mais Pèire est parfaitement conscient que si les archers passent à l'attaque, Elland ne sera d'aucune utilité pour défendre les mages.

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  • Pleine lune sur Wyzima

     

     

    Le silence perdure quelques minutes encore, avant que Thémus ne dise :

    - Bien. Mais je veux la garantie que vous nous aiderez en retour à chercher et délivrer Ménandre, s'il est toujours en vie.
    - Je vous en fais le serment !

    Saens semble sérieux et parfaitement sincère. Muet, Roscelin hoche doucement la tête, témoin de cette promesse. Le cordonnier reprend :

    - Quelles sont les issues de la tour ? Des portes ? Un accès sur le toit ?
    - Aucune issue. Enfin, je n'en connais aucune. Pourtant, il y en a une. Forcément. Puisque les gardes vont et viennent. Et que vous êtes ici. Mais les fenêtres sont scellées, ou trop étroites. Et quand bien même, nous sommes trop haut pour sortir par ce chemin. Quant au toit... rien, rien du tout. J'ai déjà exploré chaque centimètre de la charpente.
    - Alors on passera par les souterrains.

    Elland se pince les lèvres pour ne pas ajouter un commentaire, espérant donc intérieurement qu'ils ne se perdront pas, cette fois. Et qu'ils ne tomberont pas sur les patrouilles des gardes. Ça serait bien leur veine, tiens, qu'ils sauvent les mages pour se jeter directement dans la gueule du loup !
    Thémus fait les cent pas dans la petite cellule. Un pli soucieux barre son front et ses moustaches frémissent au rythme de ses pensées. Soudain, il déclare :


    - Très bien. Voici ce que je propose : nous allons chercher les mages, en commençant par les étages les plus élevés. Le mieux serait que Saens y aille, pour ne pas éveiller les soupçons. Nous vous attendons ici. Nous marcherons tous les quatre devant, au cas où il y aurait des gardes pour s'interposer. Y a-t-il des personnes qui savent se battre, ici ?
    - Non, aucune. C'est formellement interdit. Mais nous avons la magie.

    Un même sourire illumine à la fois le visage de Saens et de Roscelin. Et soudain, les quatre compères comprennent qu'ils ont eu tort de les prendre pour des doux rêveurs un peu fous. Eux tous réunis, ils peuvent faire énormément de dégâts. Et vu ce qu'il s'était passé quand la magie vivait encore aux yeux de tous à Rivemorte, ce n'est peut-être pas une bonne idée de les libérer. Mais ils n'ont pas le temps de pousser plus loin la réflexion. La porte s'ouvre si soudainement qu'elle manque de jaillir hors de ses gonds. Deux gardes, épées sorties, rentrent vivement dans la pièce en hurlant à qui mieux-mieux. Ils paraissent sans doute autant paniqués que Saens et leurs sommations, répétés en deux exemplaires, se perdent dans la cacophonie qu'ils arrivent à faire. Puis, soudain, ils se figent. Immobiles, la bouche encore ouverte, un pied en l'air. Roscelin, étonnamment maître de lui, donne les ordres :


    - Deux d'entre vous vont chercher les autres, aux étages supérieurs, avec Saens. Ils sont prévenus de votre présence, soyez prudents. Deux autres restent avec moi, nous allons nous occuper de cet étage et sécuriser les lieux. Allez.

    Il faut quelques instants à Elland pour comprendre que c'est le pouvoir de Roscelin que de figer ainsi certaines personnes dans le temps et dans l'espace. Personne ne prend le temps de discuter ses ordres. C'est Thémus et Théoliste qui partent avec Saens, arme au poing, pour récupérer les autres mages des étages supérieurs. Pèire a sorti son arme et se rapproche de Roscelin, prêt à suivre ses ordres. Elland, lui, s'avance furtivement vers les gardes immobiles et, du bout de l'index, pousse doucement l'épaule de l'homme le plus proche. Aucune réaction, pas même un tressaillement. C'est génial, ce sort ! Et ce qui serait encore mieux, ça serait de pouvoir apprendre un tel tour. Le sourire aux lèvres, Elland s'imagine déjà pénétrant majestueusement dans le palais du Gouverneur, claquant des doigts pour que chaque personne qu'il croise se fige de la sorte. Alors, il s'avancerait sans hésitation vers les coffres. A lui, l'or ! A lui, les bijoux ! A lui, les …

    - Elland ! Elland !

    Le concerné sursaute et s'écarte vivement du garde. Le masque d'innocence qu'il était en train de se construire vole en éclats au moment où il croise le regard furieux de Pèire. Si Roscelin a remarqué l'échange muet, il n'en souffle pas un mot et ordonne :

    - Assommez-les. On va les cacher ici le temps de sortir.

    Et même s'ils ne le connaissent que depuis une poignée de minutes, même s'il n'a rien d'un meneur d'homme, Roscelin se fait obéir. Pèire et Elland assomment chacun l'un des gardes, avant de les ligoter avec leur propre ceinture et les draps du vieil homme. Puis, avec d'infinies précautions, Elland s'approche de la porte, la fait lentement pivoter, arme au poing, et s'avance dans le couloir.

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  • 3366357266

     

     

    Le vieillard leur jette un regard avant de s'interrompre brusquement. Il passe une main dans ses rares cheveux et soupire :

    - Je m'égare, je crois. Enfin, Saens, ici présent, manieur de feu, s'est mis en tête de nous libérer. Et bon, je dois avouer que ses intentions sont louables. Je suis né dans cette tour, je n'en suis jamais sorti et je n'en sortirai jamais. Mais les plus jeunes méritent de connaître la vie extérieure. Ils méritent de courir dans la forêt ou dans les champs, libres. Libres surtout de faire ce qu'ils veulent, d'abandonner la magie peut-être même. En tout cas, de ne plus être à leur merci.
    - Vous dites qu'ils vous ont persuadé que les habitants en voudraient à votre vie, s'ils apprenaient votre existence. Pourquoi vouloir vous enfuir alors ?
    - Vous savez, ça fait des décennies que je suis enfermé ici. J'en ai vu défiler, des personnes qui doutaient. Mais … on ne les voyait pas bien longtemps. Et puis, il y avait Jehanne. Très gentille, mais un peu ailleurs. Elle ne sait pas mentir. Et elle m'a certifié que dehors, ce ne serait qu'indifférence, voire méfiance, mais certainement pas la déferlante de haine qu'ils promettent. Et puis... quand bien même. Ce confinement perpétuel, ce n'est pas vivre.

    Les quatre amis hochent gravement de la tête. S'il y a bien une chose qu'ils comprennent, c'est la soif de liberté. Le tavernier, un peu plus vif que les autres, réalise alors que le vieil homme a parlé de Jehanne. Et la coïncidence est trop grosse pour n'être qu'une coïncidence, justement.

    - Jehanne ? Vous avez bien dit Jehanne ? Une magnifique jeune femme avec une très longue tresse ?
    - Oui. Elle est la mère de toutes les gargouilles.
    - Vous la connaissez donc ?
    - Oui. Elle est restée ici pendant des décennies. Elle m'a vu naître, tout comme elle a vu naître mes parents. Elle a disparu, depuis quelques jours. J'espère qu'elle va bien.
    - Elle est un peu perdue. Et elle a peur. Mais nous nous sommes trouvés, et nous prenons soin d'elle.
    - Bien.

    Roscelin sourit doucement et c'est tout son visage ridé qui s'éclaire. Puis son regard se perd dans l'entrelacs de pierre, sur le mur face à lui. Saens reprend alors :

    - Il y a vingt gardes en tout. Ils se relayent, évidemment, ce qui fait une quinzaine de gardes en permanence dans la tour.
    - Sont-ils armés ?
    - Oui, mais uniquement de matraques. Ils ont des épées, plus bas, mais je ne sais pas dans quelle pièce exactement.
    - Ils sont facilement repérables ?
    - Ils vous repèreront avant que vous ne le fassiez. Ils portent des uniformes gris, avec un soleil en guise d'écusson.
    - Peut-on s'attendre à de la résistance de la part des autres mages ?
    - Je ne pense pas, non. Tous ne souhaitent pas s'enfuir, c'est vrai, mais ils considèreront sans doute votre arrivée comme un agréable divertissement. Ils n'ont aucun intérêt à vous mettre des bâtons dans les roues. Je veux dire, ils ne portent pas spécialement les hérissons dans leur cœur alors …

    Les quatre amis se regardent, perplexes. C'est Roscelin qui leur vient en aide en expliquant que c'est le surnom que leur a donné Jehanne, faisant référence aux rayons du soleil qui ornent leur écusson. Thémus secoue la tête, l'air désolé. Pèire sourit doucement, amusé. Théoliste, lui, reste songeur. Pense-t-il à Jehanne, enfermée, quelques étages plus bas, avec son compagnon et Osvan ? Elland prend des nouvelles d'Echidna. Visiblement, les gardes sont toujours plus nombreux, et fouillent dans chaque recoin de la ville. Leur seul avantage, à présent, c'est que nul ne peut se douter de leur présence au sein de la Grand Tour Célestis. Thémus, qui a posé toutes les questions d'ordre pratique, poursuit sur sa lancée :

    - Et qui paie ces hommes ? Avons-nous un moyen de les soudoyer ?
    - Je ne pense pas. Ils sont aux ordres des puissants de la ville. Le gouvernement, bien sûr, mais également toute personne assez riche pour s'offrir les services des mages. Même si nous ne voyons pas la moindre pièce, évidemment.
    - Comment se fait-il que personne n'en ait jamais entendu parler ? Plus le nombre de personnes au courant de votre existence augmente, plus le risque est grand qu'une bévue sonne la fin de la discrétion.
    - L'intérêt, bien sûr. Si ça venait à se savoir, les marchands et le gouvernement auraient bien trop à perdre. Et les bourgeois veulent garder cette exclusivité. Et puis, il y a aussi le fait qu'une parole de trop peut bien être la dernière, si vous voyez ce que je veux dire.
    - Je vois, je vois. Vous avez déjà un plan pour sortir d'ici ?

    Saens garde le silence et Roscelin renifle bruyamment. Les quatre amis se regardent et se comprennent sans avoir à dire un mot. Les aider, d'accord, mais de là à planifier l'évasion de dizaines de mages, sans connaître les lieux ni les forces en présence...

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  • 943hn8e1

     

     

    Décidant qu'ils n'ont pas grand chose à perdre, ils obtempèrent en silence. En cette heure tardive, les couloirs sont déserts et c'est sans croiser âme qui vive qu'ils parviennent devant une porte close. Après avoir rapidement frappé, Saens se faufile à l'intérieur, faisant signe aux quatre complices de le suivre. Puis il ferme la porte derrière eux. La pièce est plongée dans l'obscurité la plus complète. D'un claquement de doigt, il fait naitre des flammes, qui raniment le brasero posé sur une petite table. Le geste, machinal, les laisse pourtant bouche bée. S'ils voulaient la preuve que la magie existe toujours...

    Aucune fenêtre ne vient percer les murs de pierre. Dans un coin, une malle est posée à même le sol. De l'autre côté, un lit sommaire. Occupé par une forme endormie. Saens n'hésite pas, et d'un geste doux secoue l'épaule du dormeur. Un bref grognement lui répond avant que la silhouette ne se redresse. C'est un vieil homme, aux cheveux rares et au visage plissé.


    - Roscelin, j'ai trouvé des gens qui pourraient nous aider !

    Le Roscelin en question se frotte les yeux en grommelant, avant de poser un regard étonnamment vif sur les quatre amis. Puis, dans un reniflement méprisant, il se retourne vers Saens et marmonne :

    - Félicitations, tu viens de signer notre arrêt de mort.
    - Mais non ! Ils vont nous aider !
    - Et ils sortent d'où ? Qui sont-ils ?

    Le silence de Saens prouve qu'il réalise enfin la folie de ses actes. Il a confié à des inconnus ses plus folles espérances, sans savoir s'ils sont dignes de confiance. La tête baissée et l'air penaud du jeune homme pousse Théoliste à prendre sa défense en déclarant :

    - La confiance est une chose précieuse. Mais si personne ne fait le premier pas, elle ne peut pas exister. Un enfant qui nous est cher a été enlevé. Nous avons mené l'enquête, en vain. Pourtant, le responsable de cet acte ignoble a lancé les gardes contre nous. Nous avons réussi à nous enfuir. Mais dans un concours de circonstances, nous nous sommes retrouvés ici et nous nous sommes bercés d'illusions : nous pensions que la chance nous souriait enfin et que nous pourrions retrouver le gamin. Nous nous trompions, c'est un fait. Mais Saens a essayé de nous expliquer la situation et, si nous le pouvons, nous vous aiderons. Et peut-être que vous pourriez nous aider en retour.

    Le vieil homme darde pendant de longues minutes son regard perçant sur Théoliste, avant de bougonner :

    - Je suppose que les propos de Saens étaient plutôt décousus, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

    Les explications du jeune homme sont tout aussi laborieuses que précédemment, et c'est avec un long soupir que Roscelin se lève et parcourt la pièce à pas lents. Il l'interrompt sans hésiter et déclare :


    - Bon. Reprenons du début. Depuis la disparition officielle des mages, c'est la Grand Tour Célestis qui nous sert de cachette. Bien sûr, ce n'était pas volontaire de notre part. Ils en ont persuadés certains, ont contraint beaucoup d'autres à venir. Ils proclament qu'ils nous sauvent la vie chaque jour qui passe, qu'ils nous épargnent la haine des habitants. C'est le moyen le plus efficace qu'ils ont trouvé pour nous contraindre à utiliser la magie en leur faveur. Car leur protection a un prix. Chacun d'entre nous a une capacité qui leur est utile. Avold transforme les métaux les plus courants en argent et en or. C'est lui qui permet de fabriquer autant de monnaie et de bijoux. Drogand, lui, est capable de sentir la présence d'eau. Il est l'un des rares à être autorisé à sortir et permet aux troupes militaires de trouver des points d'eau où qu'ils aillent. Il permet de forer des puits pour rendre toute parcelle fertile. Wiger peut déplacer des objets rien qu'avec la pensée. C'est lui qui s'occupe de la plupart des travaux dans la tour. Et puis, il y a Gilme, qui sait influencer les sentiments des gens. Lui aussi sort souvent, il sert de bras droit, officiellement, aux diplomates. Et puis, il y a Hornela, qui peut animer des objets. C'est une descendante des Clamadinis. Et puis...

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  • the-cryptkeeper

     

    - Alors quoi ? On doit aider une bande de domestiques à s'affranchir d'un maître trop radin ?

    Les mots sont durs, pas autant que le ton, mais Elland ne peut que comprendre la sortie de Thémus. La déception est grande. Saens déglutit bruyamment, avant que le silence ne retombe dans la petite pièce. Chacun digère les informations qu'il a appris, chacun essaie de gérer ses sentiments. Puis, prenant une longue respiration, Saens se lance :

    - Non. C'est plus compliqué que ça. Mais la confiance...

    Elland esquisse un semblant de sourire. Oui, la confiance n'est pas facile à donner, ni pour l'un, ni pour les autres. Pourtant, le jeune homme s'avance et murmure :

    - Que pensez-vous de la magie ?
    - De la magie ? Elle n'existe plus, déclare Théoliste, affirmatif.
    - Seuls restent quelques reliquats, complète Pèire.
    - Une ombrelle animée, par exemple. Ou encore …

    Elland fait une pause, réalisant soudain qu'il a complètement oublié de parler de sa découverte à ses complices. Toussotant, il poursuit :

    - D'ailleurs, dans l'atelier de Tanorède, ce sont des longues barres de bois animées qui battent la laine nuit et jour.

    Un long silence poli accueille cette révélation. Effectivement, Elland le reconnaît intérieurement, la manière dont Tanorède fait battre sa laine est d'un intérêt pour le moins limité. Il toussote à nouveau, et c'est Saens qui le tire de ce moment de solitude.

    - La magie n'a pas vraiment disparu de Rivemorte. Les mages non plus. C'est simplement que... Qu'ils sont cachés. Ils sont cachés pour se protéger des habitants de la ville, qui ne gardent en souvenir que les aspects négatifs. C'est vrai que certains abus ont conduit à des situations dramatiques mais la magie sert à énormément de choses. Et tous ceux qui pratiquent la magie sont ici. Mais...

    Il hésite. Ses doigts triturent le bas de sa chemise blanche, comme si ce pauvre tissu pouvait l'aider. Théoliste, d'une voix douce, l'encourage à poursuivre.

    - Je ne pense pas que les habitants nous pourchasseraient et nous tortureraient s'ils savaient. Si on pouvait sortir. Je... ils ne feraient pas ça, n'est-ce pas ?

    La question angoissée fait sourire Thémus mais plonge Elland dans un abîme de perplexité. A l'époque, les habitants n'avaient sans doute pas été tendres, et certains actes avaient dû être assez vils. Mais à ce point ?

    - Si les mages existent réellement et si la population vient à le savoir, je doute que les habitants en viennent à de telles extrémités. Après tout, si vous continuez vraiment à faire de la magie, nous n'avons eu aucune répercussion négative dans notre vie quotidienne. Ni positive, d'ailleurs, ajoute doucement Pèire.

    Si Saens est rassuré, il ne le montre pas. Il baisse la tête avant de murmurer :

    - Si je vous montrais que la magie existe encore, vous accepteriez de nous aider ?
    - Et bien, il faudrait d'abord nous montrer qu'elle ne risque pas de faire de dégâts. Et nous pourrions peut-être vous aider à sortir d'ici, si on savait au moins où on est. Mais nous ne pouvons pas vous garantir que vous ne risquerez rien dehors.

    Les quatre amis se regardent. Dans quelle situation se sont-ils encore mis ? Ils voulaient fuir, voire retrouver Ménandre dans le meilleur des cas. Et les voilà en train d'aider un inconnu à sauver une horde de mages. Mais … peut-être qu'ils pourraient négocier leur aide. Libérer les mages pour qu'ils les aident ensuite, grâce à leurs dons, à retrouver Ménandre. La méfiance règne toujours en maitre dans la salle obscure mais Saens n'a, semble-t-il, rien à perdre puisqu'il leur dit :

    - Suivez-moi s'il vous plait. Je vais vous montrer. Mais euh... soyez discrets, s'il vous plait. Je vais vous faire rencontrer des personnes qui souhaitent partir d'ici, puis éventuellement quitter la ville. Mais …. certains d'entre nous sont persuadés que c'est trop dangereux de sortir.
    - Il doit bien y avoir des gardes, non, si vous êtes retenus contre votre gré ? Ils ne nous laisseront pas entrer comme ça !
    - Nous y sommes déjà. Et ce ne sont pas des gardes. Ils.. enfin, ils nous aident, ils nous disent ce qu'on doit faire. Et ils nous rabâchent à longueur de temps qu'ils nous protègent des pires tortures.

    Elland se sent complètement dépassé par la situation. Il peine à comprendre ce qu'il se passe. Et visiblement, il n'est pas le seul à se poser des questions, puisque Théoliste lui demande :

    - Vous pourriez pas nous expliquer depuis le début ?
    - Je ne suis pas très clair, n'est-ce pas ? Je... suivez-moi. S'il vous plait.


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