• Les chiens

    Les chiens

     

     

    Je m’allonge, de tout mon long, sur le carrelage glacé de cette pièce. Mais n’allez pas croire que je vais me reposer, ça non ! Je veille : mes yeux scrutent les pieds qui vont et qui viennent, mes oreilles se redressent au moindre bruit douteux, et mon flair est à l’affût de la moindre odeur suspecte.

    La plupart des deux-pattes m’ignorent, et c’est très bien ainsi. Sauf quand ils me marchent sur la queue, mais à ce moment là, un grondement sonore les rappelle à l’ordre, et je les vois détaler comme des lapins sauvages. Certains deux-pattes font attention, et s’écartent prudemment sur mon passage. Et d’autres s’accroupissent à ma hauteur, et leurs doigts se perdent dans mon pelage doré pour me caresser. Tant que ce n’est que ça, je ne dis rien. Mais s’ils se mettent à déverser leurs niaiseries habituelles, et à me parler comme à un bébé deux-pattes, je relève la tête vers eux, et je leur souffle au visage. Ces imbéciles au nez délicat se reculent alors.

    La deux-pattes derrière le comptoir fait signe à mon Maitre de s’approcher. Pas bien maligne, la bougresse. Je me redresse en soufflant, et je ne me prive pas de lui lancer un regard qui en dit long sur le fond de ma pensée. Et d’un léger coup de truffe sur la main de mon Maitre, je lui indique qu’Il est attendu. Il déploie ses doigts, et vient me caresser derrière les oreilles. Mes yeux se mettent à briller, car j’aime particulièrement quand Il me remercie de la sorte.


    Je regarde à droite et à gauche, et j’avance lentement, vérifiant qu’Il me suit bien. Je ne m’arrête que devant la deux-pattes, et je lui jette un nouveau regard de reproche, qu’elle ignore superbement. Ils discutent longuement entre eux, et je perçois dans la voix de la femelle qu’elle change de comportement, qu’elle se radoucit. Pourtant, je reste vigilant, et je surveille tous les deux-pattes qui pourraient trop s’approcher de mon Maitre.

    Enfin, leur conversation se termine, et je Le guide lentement jusqu’à la sortie. Un mâle me jette un regard peu amical, comme s’il se demandait ce que je faisais dans ce lieu sacré où mes semblables n’ont pas le droit de poser une patte. Mais il comprend bien vite, et s’empresse de s’éloigner.

    Nous voici enfin à l’air libre, mais je n’ai pas le loisir de profiter des nombreuses odeurs qui feraient frémir les truffes de mes congénères. Le danger est bien plus important dehors. Je surveille tout ce qu’il se passe, les voitures, les trottoirs, les deux- pattes, et je Le guide jusqu’à la boulangerie. J’aime bien, la deux-pattes qui s’agite derrière les vitrines, elle est gentille. Elle me donne même des croissants, parfois, s’Il l’autorise. Elle Le connait maintenant, et elle sait toujours ce qu’il veut. Je crois qu’Il l’aime bien, mais Il est persuadé qu’elle n’a que de la pitié pour Lui. Alors que moi, je sens parfaitement l’odeur que la femelle dégage : ses hormones la trahissent. Mais Il ne comprend pas les signaux que je lui envoie. Je ne perds pas espoir, pour autant, et je L’emmène toujours au même endroit, rien que pour qu’Il entende sa douce voix.

    Je traine un peu la patte devant la boucherie, mais Il me dit gentiment qu’on n’y va pas aujourd’hui. Je soupire, et poursuit ma route. Nous voilà arrivés à la tanière. La voisine est en train de sortir un de mes semblables, une minuscule petite chose qui ressemblerait presque à un rat. Je l’ignore. Il n’en vaut pas la peine. Faudrait voir à ne pas mélanger les torchons et les serviettes.


    - C’est vraiment le meilleur ami de l’homme, n’est ce pas, Mr Northern ?

    Mon Maitre lui répond une banalité. Elle ne sait que prétendre cette affirmation, ou jaser. Nous rentrons enfin dans Son havre de paix, après les commissions du matin. Il s’occupe alors de moi, et me caresse longuement pour me remercier de mes services. Je baisse alors ma garde, et je m’endors, du sommeil du juste. Je suis ses yeux, Il est mon Dieu.

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