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    Résumé :

     

    Dans le Northumberland, depuis des générations, les dames Grope font régner la terreur autour d'elles. Signes distinctifs : un physique ingrat, une nature antipathique et des pulsions castratrices inversement proportionnelles à leur volonté de se reproduire. Qu'à cela ne tienne ! Chez les Grope, on kidnappe les hommes de mère en fille. Une coutume familiale dont le jeune Esmond Burnes va faire les frais...

     

    Mon avis :

     

    J'ai complètement craqué pour ce résumé qui laissait deviner une lecture déjantée. Moi qui ne suis pas adepte du domaine étranger, que je trouve souvent assez creux et assez vain, j'ai craqué pour ce roman, et je me suis plongée dedans très rapidement. Et ça ne va pas changer ma vision de ce genre.

     

    Ce roman sera la lecture WTF de l'année. Dès les premières pages, le ton est donné. Le roman débute au XIIème siècle, lorsqu'une nonne inviolée, après maints raids de vikings, va mettre l'un d'entre eux au pied du mur : le viking, souffrant de mal de mer et de phobie des voyages, doit la violer et la prendre pour épouse. Ainsi débute des siècles et des siècles de domination féminine dans un clan où tout est permis pour conserver cette suprématie.

     

    Le début est savoureux, certes, avec des situations improbables et des comportements qui laissent perplexe. Mais le début est un peu long. D'autant que le résumé, plus haut, est tronqué. On pourrait croire qu'on va suivre les aventures de ce pauvre Esmond, parachuté dans le monde des Grope sans pitié.

    En fait, non, pas du tout. On découvre surtout comment il va se retrouver là-bas.

     

    La plume est fluide, incisive, les situations improbables et cocasses et les quiproquos s'enchaînent. Le bémol, c'est que ça ne raconte pas grand chose, j'ai eu l'impression que l'auteur s'ingéniait à nous décrire cette famille complètement déjantée, avec des petits riens et des situations exceptionnelles. Des tranches de vie, certes farfelues, mais ça reste des tranches de vie, avec l'impression qu'il ne se passe rien. Et j'ai eu un petit sentiment de malaise : les vies qu'il décrit sont en réalité pathétiques et tristes, et j'ai parfois eu du mal à rire avec l'auteur.

     

    Et puis, bon, il a cette fausse promesse du résumé. J'ai attendu, attendu, de voir Esmond arriver dans le clan Grope. Au final, c'est très rapidement effleuré, et un peu noyé dans les péripéties des autres personnages.

    Quant à la fin, je n'ai pas été convaincue une seule seconde par les dernières pages : j'ai eu l'impression que l'auteur nous sortait un lapin de son chapeau.

     

    Bref, une lecture divertissante, mais sans plus, un peu frustrante.


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  • Crépuscule sur Wyzima

     

     

    La première chose qu'il voit, en ouvrant les yeux, c'est le vert des feuilles qui se découpe sur le bleu du ciel. Puis de grands yeux graves s'imposent dans son champ de vision, au milieu d'une frimousse qu'il connait bien. Mais c'est impossible. Ménandre est introuvable. Ménandre est mort. Alors il referme les paupières.
    Et puis, il y a cette voix, légèrement aigüe à cause de sa jeunesse. Qui l'appelle. Impossible.

    Le ciel a revêtu ses noirs atours lorsqu'il ouvre à nouveau les yeux. Les troncs rugueux apparaissent à la lueur vacillante de torches. Lentement, il tourne la tête sur sa droite. La drapière est assise tout près, un doux sourire sur les lèvres, et tient contre elle un Ménandre endormi. Impossible. Sur la gauche, il découvre des lits de fortune, à perte de vue, où dorment et où gémissent des blessés. Trop réaliste pour être la mort ? Trop étrange pour être réel ?
    Aucune douleur ne se réveille, mais il a la bouche pâteuse. La drapière sourit toujours. Un mouvement, sur sa gauche. Une femme lui apporte un bol d'eau, lui redresse doucement la tête. Il boit avidement, avant de reporter son attention sur la drapière. Ses cheveux blonds sont ramenés en un chignon lâche, qui laisse échapper des mèches qui entourent son joli visage. La lueur des torches se reflète dans ses yeux, mais Elland ne parvient pas à en déterminer la couleur. Elle ne dit rien. Il tente un sourire, et elle y répond.


    - Ah, tu es réveillé. Parfait.

    Il tourne vivement la tête en direction de la voix. Théoliste. Son visage est creusé par d'énormes cernes noirs et il semble avoir perdu dix livres. Dans son regard se lit une gravité pesante. Mais c'est bien son ami qui se tient debout devant lui. Il doit percevoir sa confusion, car il s'agenouille à ses côté et le palpe doucement. Et murmure entre ses dents :


    - C'est vraiment prodigieux. Echidna a léché tes plaies, pendant que tu étais inconscient. Il reste bien sûr des cicatrices, mais tes blessures sont saines, et quasiment guéries.
    - Où est-elle ?
    - Elle patrouille autour du camp et préviendra Jehanne en cas d'intrusion.
    - Le camp ?
    - Nous nous sommes installés ici, oui. Trop imprudent de continuer avec nos blessés. Il faut qu'ils se remettent sur pied et nous aviserons ensuite. Des volontaires se relayent à tour de rôle pour surveiller l'entrée des souterrains. Nous sommes en sécurité ici.

    Elland acquiesce doucement et constate, surpris, qu'il ne ressent aucune douleur. Il fait signe au médecin, qui se penche obligeamment vers lui, et lui demande dans un murmure :

    - Je vois une femme, sur ma droite. C'est normal ?

    La bedaine généreuse de Théoliste s'agite alors qu'il explose de rire. Par égard pour les autres blessés, cependant, il s'interrompt rapidement. Et lui répond dans un murmure :

    - Parfaitement normal ! Elle va t'expliquer. En attendant, j'ai d'autres patients à voir. Demande-lui si tu as besoin de quelque chose.

    Elland ne regarde qu'à peine le médecin s'éloigner et reporte son attention sur la jeune femme. Ses joues semblent avoir rosi. Elle secoue doucement l'épaule de Ménandre, qui se réveille immédiatement. Il s'inquiète tout de suite d'Elland. Son visage s'illumine d'un sourire radieux lorsqu'il le voit réveillé et il saute des genoux de la drapière au lit de fortune du blessé. De toute sa jeune force, il serre dans ses bras son ami. Et le voleur se tortille pour trouver une meilleure position et lui rendre son étreinte.
    Ils restent de longues minutes immobiles, dans les bras l'un de l'autre. Muets. Parler laisserait transparaître l'émotion qu'ils ressentent mais qu'ils cachent soigneusement. Et qui finit par être trop forte. Ménandre explose en sanglots dans le cou d'Elland. Sa voix est rauque lorsqu'il murmure, tout en lui caressant doucement le dos :


    - Du calme, mon bonhomme, du calme. C'est fini. Tout va bien. Respire.

    Le gamin finit par s'apaiser, après quelques minutes. Lorsqu'il se redresse, Elland en profite pour le regarder. Des larmes coulent encore sur ses joues, qui se sont creusées depuis la dernière fois qu'ils se sont vus. Il a maigri, oui, et ses grands yeux reflètent plus que jamais ses expressions. Sous la joie indicible qui y brille, Elland y lit également une maturité encore renforcée par les épreuves qu'il a subit. Tout doucement, du bout des doigts, il lui caresse les joues, les cheveux. Pour s'assurer qu'il est bien là. Que ce n'est pas un rêve ou une satanée illusion. Et il laisse enfin s'exprimer sa curiosité :


    - Raconte-moi tout ! Comment est-ce que tu t'es retrouvé ici ? Tu n'as rien ?
    - Non, non, je n'ai rien du tout. Je vais très bien. Je me faisais un sang d'encre pour toi. Parce que c'est un peu ma faute si tu es tombé incontinent.
    - Incontinent ?

    Elland jette un regard embarrassé à la drapière, les joues en feu. Inconscient des raisons de sa gêne, Ménandre reprend rapidement :

    - Oui, dans les pommes quoi.
    - Ah ! Inconscient. Mais pourquoi est-ce que c'est de ta faute ?
    - Ben, parce que je t'ai vu aller chercher du bois. Pis j'ai voulu te faire une surprise, tu comprends. J'étais tellement content de te revoir ! En plus que je t'avais même pas vu quand on a fuit la tour... Bon, faut dire aussi qu'on était drôlement nombreux, et pas mal secoués.
    Alors je t'ai sauté dessus, quand tu ramassais le bois. Et pis ben là, t'es tombé inconstant. Théoliste avait un regard tout inquiet quand je l'ai appelé. Mais il dit que c'est à cause de tes blessures. Et de la fatigue. Alors on t'a ramené. Et dès qu'il a fait nuit, Echidna est venue pour te soigner. Mais je voulais pas te faire mal. J'étais si content de te voir !
    - Et je le suis aussi, bonhomme. Mais où étais-tu, pendant tout ce temps ? Dans la tour ?
    - Quand on s'est fait attaqué, l'un des vauriens m'a attrapé et m'a jeté sur son épaule. Comme un sac de patates. Mais comme je suis pas un sac de patates, je me suis débattu. J'lui ai donné des coups de pieds et des coups de poings et je l'a même mordu dans le dos. Mais il a pas beaucoup aimé. Il m'a assommé, ce fils de chienne !
    - Ménandre ! Ton langage !


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    Résumé :

     

    En 666, les terres les plus reculées d'Irlande résistent farouchement aux campagnes de christianisation lancées à travers tout le royaume. Soeur Fidelma est envoyée vers une de ces régions réfractaires dans l'espoir que sa sagesse et son autorité permettront d'y faire construire une école et une église. Mais tout le monde ne voit pas cette arrivée d'un bon oeil... À l'approche de la vallée, Fidelma et son dévoué compagnon Eadulf reçoivent un accueil sinistre : les cadavres de trente-trois hommes gisent sur leur chemin, disposés en une mise en scène qui rappelle à Fidelma un rite païen qu'elle croyait disparu de longue date. La mission s'annonce plus dangereuse que prévue, mais l'intrépide religieuse n'est pas du genre à reculer...

     

    Mon avis :

     

    Grâce au Challenge Polar Historique, organisé par Samlor, j'ai pu découvrir la série de Soeur Fidelma. Une découverte très intéressante, qui m'a permis d'apprendre énormément de choses sur l'Irlande, les moeurs et les coutumes d'une époque lointaine. J'avais aimé le ton de la série, la plume fluide, la manière de réfléchir de Fidelma et son humour.

     

    La Mort aux Trois Visages est le sixième tome de la série. Et bien que j'ai espacé les lectures, pour ne pas m'en lasser, je dois avouer que je commence à être agacée par Fidelma.

    Je le soulignais déjà dans le tome précédent "Le secret de Moen", mais j'ai trouvé que dans cet opus, c'était encore plus flagrant. Soeur Fidelma est bien trop gâtée par l'auteur à mon goût.

    C'est une religieuse, parfaitement calée au niveau des dogmes et des différents courants du christianisme. Pourquoi pas. Elle est également une sorte d'avocate, le plus haut rang qu'il existe dans ce domaine, apte à s'asseoir à la table du Roi des Rois. Bon. Et puis, son frère la fait membre de sa garde d'élite, car elle monte parfaitement à cheval et sait très très bien se battre. Elle sait tout fait, c'est génial.

    Et dans ce tome, Eadulf fait figure de boulet qu'elle se traîne : lors d'un banquet, il boit plus que de raison, et pendant près de la moitié du roman, il se traine lamentablement, malade, inutile, et agaçant.

    Et je suis très déçue par ce développement de leur relation. Ils forment toujours un duo, mais Fidelma écrase complètement Eadulf, qui fait presque figurant et ne sert qu'à mettre en valeur l'héroïne.

     

    Et franchement, l'intrigue de ce roman ne m'a pas convaincue. J'ai trouvé que certains éléments tombaient comme un cheveu sur la soupe, grande révélation qui m'a laissé de marbre parce que ça semble juste impossible. Et la fin m'a paru complètement bâclée, par rapport au début qui prenait son temps. Tout se passe très très vite, trop vite, et on a l'impression que l'explication des évènements tient du coup de chance plutôt que de la réflexion.

     

    En bref, ce fut pour moi un tome très très décevant, tant au niveau des personnages qu'au niveau de l'intrigue. Il me reste un tome à lire, et je le ferai, bien sûr, mais sans le plaisir que j'avais lors des premiers tomes.

     

     


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  • ruelle médiévale

     

     

     

    Elland se jette à terre. Autour de lui, c'est le chaos. Les fuyards se piétinent, s'écroulent, le ventre ou la gorge transpercés. Les hurlements de douleur résonnent entre les murs. Puis une autre vague de mouvement se dessine rapidement. Les archers ont laissé leur place aux soldats, épée dégainée. Ils jaillissent dans la pièce, tailladant sans pitié les corps proches d'eux.

    Thémus fait front et hurle ses ordres. Il croise le fer avec un soldat, qu'il ne tarde pas à désarmer, avant de l'embrocher rapidement. Certains mages se redressent alors. Des boules de feu atteignent les soldats, leur arrachant des cris de douleur. Le tisonnier de la cheminée fend les airs pour se planter dans la poitrine d'un garde, traversant son armure comme s'il s'était agit d'une motte de beurre. Un vent infernal se lève, projetant leurs ennemis contre les murs. Des dizaines d'objets, aussi divers que surprenants, deviennent des armes imparables.

    Mais les renforts sont nombreux. Pèire et Thémus défendent chèrement leur vie dans de farouches combats à l'épée. Elland s'est redressé et combat lui aussi, avec toute l'ardeur dont il est capable. Mugissements des soldats. Plaintes des blessés. Acier qui s'entrechoque. La tour semble vaciller sur ses fondements tant ses pierres résonnent.

    Le chaos s'installe et se repaît du sang qui macule le sol en terre battue. La Mort fauche joyeusement les âmes, réjouie par cette récolte foisonnante. La douleur s'installe, investit les lieux. Le temps s'est figé et retient son souffle.

    Et comme la marée reflue lentement, les cris se taisent peu à peu, faisaient place aux gémissements et aux lamentations. Les chocs des épées se font moins nombreux, jusqu'à disparaître peu à peu. Les survivants regardent autour d'eux, hébétés.

    La fosse dans laquelle se sont abîmés le mage qui maniait les tables et ceux qui le suivaient laisse apparaître ses pieux aiguisés, souillés de sang. Ils sont tous morts. De nombreux corps de soldats, disloqués, sont avachis contre les murs, dans des postures improbables.
    Les autres sont parsemés au milieu de la pièce et leurs corps prouvent la violence du combat. Il ne reste plus aucun soldat en état de combattre.

    Les mages ont été durement touchés et nombreux sont ceux qui abreuvent la terre de leur sang. Toute la puissance de leurs pouvoirs n'a pas suffit à les épargner.
    Thémus ruisselle d'un liquide carmin. Ses vêtements lacérés laissent voir ses blessures. Pèire est figé, debout, droit comme un soldat impérial. Sous le choc. Théoliste s'affaire, évidemment, soignant autant qu'il peut les blessés, lui qui a échappé à la morsure de l'acier. Elland reprend doucement son souffle, essayant de discerner, dans la douleur omniprésente, les plaies les plus graves. Plusieurs estafilades sont apparues, mais rien de bien méchant.

    Des bruits de pas dans l'escalier. Tous se retournent vivement. C'est Saens, qui les rejoint accompagné par une trentaine de mages. Les ordres de Thémus fendent le silence sépulcral.


    - Que les valides aident les blessés. On doit partir.

    Elland se dirige aussitôt vers la porte. Il sait qu'il n'est pas capable d'aider qui que ce soit, lui qui peine déjà à tenir debout. Ne pas enterrer les mages morts le chiffonne un peu, mais il comprend : ils ne peuvent pas rester ici plus longtemps.
    Et s'il n'y a aucune trace de Jehanne, d'Anthelme et d'Osvan, c'est qu'ils doivent être dans les souterrains. Mais les soldats se sont-ils encombrés d'eux vivants ? Il doit en avoir le cœur net.

    Et il lui suffit d'aller jusqu'au premier embranchement pour les découvrir. Anthelme et Osvan sont inconscients. Peut-être morts. Jehanne se débat dans ses liens, un solide bâillon enfoncé dans la bouche. Elland se précipite pour la libérer et, sans écouter son babillage hystérique, palpe les deux corps. Inconscients. Assommé, Anthelme, à en juger par la plaie sanglante sur sa tempe. Osvan n'a sans doute pas encore repris conscience depuis le repaire de Théoliste.

    Elland s'écarte, refusant de voir la panique du médecin à la vue du corps inanimé de son compagnon. Il attrape le bras de Jehanne et la presse de les guider dans le dédale. Rester ici est trop dangereux, mais personne ne connaît les plans de ces maudits souterrains.
    Pèire apparaît soudain, posant une main apaisante sur l'épaule d'Elland. Et serre Jehanne entre ses bras, si fort qu'il semble l'engloutir. Au mouvement de ses lèvres, Elland devine qu'il lui murmure des paroles réconfortantes, peut-être même ces mots précieux qui guident le monde. Le voleur se détourne à nouveau.

    Dans un état second, il voit à peine Pèire passer un bras autour de la taille de Jehanne. Et c'est machinalement qu'il les suit dans les entrailles de la terre.
    Des dizaines d'hommes et de femmes sont morts, cette nuit. Ils n'ont toujours retrouvé Ménandre, et même l'aide promise par les mages ne le rassure pas. Ce gamin, qu'il avait juré de protéger, qu'il appré... non, qu'il aime, comme s'il était son propre fils, ce gamin ne peut qu'être mort maintenant. Trop de temps a passé depuis son enlèvement. Et la fuite des mages va faire paniquer Tanorède et tous les puissants de Rivemorte. Les gardes, les patrouilles et les soldats vont fouiller chaque taudis, chaque ruelle à la recherche des traîtres. Et il est plus que probable que les représailles seront impitoyables.

    Ils vont devoir disparaître, se faire oublier. Théoliste ira prendre soin d'Anthelme et sans doute d'Osvan aussi. Pèire apprendra à apprivoiser Jehanne. Et lui ? Il restera avec Echidna, présence à mi-temps, à ressasser ses erreurs et sa culpabilité. Il n'est plus assez habile pour continuer ses larcins. Il va devoir s'exiler, survivre dans une ville inconnue. Seul avec une gargouille.

    Dans un monde parfait, il aurait trouvé une petite maisonnette, en bordure de ville. La drapière lui confectionnerait des petits plats savoureux, aidée par un Ménandre toujours aussi espiègle. Echidna veillerait à leur bonheur.
    Mais il ne sait que trop bien que ce monde n'est pas parfait. Ils ont sauvé les mages, peut-être. Ils ont réparé une injustice, éventuellement. Mais leur petite vie d'avant a volé en éclat. Et Ménandre...

    Il cligne des yeux en émergeant au soleil. Certes, ce sont les premiers rayons de l'aube. Mais ils sont à l'air libre. Hors de la ville. Au beau milieu d'une forêt dense.
    Hébété, il observe Jehanne, le visage rayonnant de fierté. Pèire, à ses côtés, sourit tendrement. Mais Thémus, après de rapides félicitations, les pousse à avancer encore un peu. Ils sont trop vulnérables, proches de la sortie comme ils sont. Encore un dernier effort.

    Ils s'arrêtent finalement après une lieue de marche, dans une clairière où chante une rivière. Thémus, toujours aussi maître de la situation, donne ses ordres. Les blessés sont soigneusement allongés et les valides allument des feux, vont chercher de l'eau.
    Théoliste et tous les mages capables de soulager ou de guérir s'affairent. C'est tout naturellement qu'Elland va ramasser des branches mortes, malgré sa fatigue. Mais alors qu'il est accroupi, un bruit de course résonne. Il n'a pas le temps de se retourner qu'il est violemment percuté et s'écroule au sol. La douleur dans son épaule explose. Plus rien.

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  • Vermeil.jpg

     

     

    Résumé :

     

    Rose entame enfin son apprentissage avec Alvius Janc, le Dragon du Conseil.

    Découvrant qu’elle n’est pas tout à fait ce qu’elle souhaitait être, Rose dédaigne les seules aptitudes qu’elle possède jusqu’à ce que ces dernières la poussent dans la plus vieille et la plus incroyable des aventures.

    Mais heureusement, tous les membres du clan sont là et veillent au grain…

     

    Mon avis :

     

    J'avais tellement aimé les trois premiers tomes de cette trilogie que je n'ai pas résisté bien longtemps à l'idée de me plonger dans le quatrième tome.

     

    On y retrouve tout ce qui m'a fait aimé cette série : de la bit-lit, peut-être, mais sans la nana insupportable qui passe plus de temps à savoir avec qui elle va coucher qu'à lutter contre les méchants. Une héroïne qui a des failles mais aussi des qualités bien plus subtiles que "je pète tout en faisant de l'humour".

    Le monde que nous offre Karen Lad est toujours autant peuplé de créatures surnaturelles, sans les abérrations du vampire qui scintille au soleil. Ce tome-là nous en apprend un peu plus sur les dragons et c'est un vrai plaisir. Je dois bien avouer que je suis déjà sous le charme de Vermeil...

     

    Et puis, quand dans les romans de bit-lit classiques, on a une héroïne qui fait tout toute seule, parce qu'elle est la plus forte et la seule à pouvoir lutter contre le vilain méchant, là, c'est tout le Clan qui lutte. Chacun apporte ses qualités et son expérience. C'est très agréable de voir enfin des sentiments de solidarité, d'union : si l'un d'eux à des problèmes, ils sont tous concernés, et vont tous tout faire pour les régler.

     

    Ce roman, comme les autres, bénéficie d'une plume fluide, très prenante, où les sentiments ressortent parfaitement. Si ce n'est un passage, un peu long et un peu pénible, où les doutes des personnages ressortent de manière assez "lourde" (doutes qui disparaissent assez vite, et avec une explication qui tient la route), le reste n'est que du bonheur.

     

    J'ai énormément apprécié ce roman, et je surveille souvent cette maison d'édition : si ils sortent une nouvelle série dont le résumé me parle, je pense que je leur ferai confiance.

    Et bien sûr, j'ai hâte de me plonger dans la suite des aventures du Clan du Hameau !


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  • the-cryptkeeper

     

    - Elland !

    Pèire secoue d'une main douce l'épaule indemne d'Elland. Son regard inquiet le scrute avant que, d'un mouvement de tête, il lui indique le bruit provenant des escaliers. Des escaliers qu'ils viennent de sécuriser. Elland se redresse à grand peine, empoigne sa dague dans un geste dérisoire. Si les gardes ont vaincu Thémus et Théoliste, ils ne pourront rien faire. Mais ce sont précisément les deux compères qui débouchent des escaliers.

    Du sang macule de tâches sombre la tunique de Thémus, tandis que le médecin se tient légèrement en retrait, le visage fermé. Derrière eux, une quinzaine de mages, l'air déterminé. Ils s'immobilisent au milieu du couloir, attirant instantanément tous les regards. Thémus en profite pour déclarer :


    - Nous avons neutralisé tous les gardes des étages supérieurs et Saens s'occupe de rassembler les mages. Nous devons leur sécuriser le chemin. Combien sont-ils ? Quelles armes ont-ils ?

    S'il n'affiche aucun sentiment, Thémus n'en scrute pas moins chaque personne présente, les jaugeant d'un rapide regard. Les blessures d'Elland ne lui ont pas échappé, mais il se contente d'un léger signe de la tête. Nul doute qu'il a vu le corps sans vie de Roscelin.
    Pèire lui résumé rapidement la situation et l'aura de Thémus semble encore prendre de l'ampleur. Il n'a pas une seule hésitation lorsqu'il ordonne aux mages dont les pouvoirs sont les moins utiles de rester en retrait.
    Puis, comme une armée parfaitement rodée, trois mages prennent la tête du groupe. Le premier, d'une simple apposition des mains, tranche les pieds des tables comme s'il s'agissait d'une miche de main qu'on rompt. Puis un second fait léviter les plateaux de bois, à l'horizontale, de manière à ce qu'ils couvrent quasiment toute la largeur du couloir et montent à près de trois mètres de hauteur. Il ne laisse qu'un espace d'une quinzaine de centimètres entre les deux plateaux, leur permettant de voir ce qu'ils ont à affronter.
    Le troisième s'avance alors et semble caresser cet espace dégagé qui, s'il leur permet de voir, les rend aussi vulnérables. Les pierres de l'autre côté des tables se voilent légèrement. Le troisième mage se recule et murmure :


    - Leurs flèches ne pourront pas traverser le voile. Mais nos armes peuvent le traverser.
    - Allons-y alors.

    L'ordre de Thémus est à peine chuchoté, mais les mages qui le suivaient se mettent en place et le télépathe fait avancer leur bouclier. Elland, abasourdi par la tournure des évènements, se range sagement dans la file et suit tant bien que mal le rythme, malgré la douleur lancinante au mollet.
    L'escalier vers l'étage des cuisines est plus large que les précédents, mais le négocier prend beaucoup de temps et nécessite de la délicatesse. Elland ne s'impatiente pas pour autant. La maîtrise de Thémus l'a rassuré, tout comme la certitude de n'avoir aucun ennemi dans le dos. Et ils sont près d'une cinquantaine, désormais, qui marchent vers la liberté. Ils ne laisseront personne les arrêter.

    Le mage qui manipule ce qu'il reste des tables avance lentement dans le couloir des cuisines. Chaque porte est ouverte, chaque pièce fouillée et ce n'est que lorsqu'ils ont la certitude de ne laisser aucun garde derrière eux qu'ils reprennent leur marche.
    Un silence étouffant les accompagne, comme porteur d'un message funeste.
    Le couloir des cuisines est désert, et c'est avec beaucoup de précautions qu'ils descendent le nouvel escalier. Personne en vue.

    C'est Pèire qui se charge du code pour ouvrir la porte qui protège Jehanne, Anthelme et Osvan. Seul le silence lui répond. Claudiquant, Elland s'approche à son tour, guettant le moindre mouvement du battant de bois qui reste désespérément clos. Pèire fait lentement tourner la poignée et la porte s'ouvre en silence. La porte s'ouvre. Alors qu'elle aurait dû être barricadée. Ils se précipitent à l'intérieur, arme au poing. D'autres mages les suivent, conscient d'un danger potentiel. Mais la pièce est déserte. Les meubles qui barricadaient la porte sont éparpillés dans la pièce, brisés, démembrés. Les chaises bancales qui encombraient les lieux sont définitivement hors d'usages. Plus aucune cachette ne subsiste. Et aucune trace de Jehanne, Anthelme et Osvan.

    Thémus se tient sur le seuil de la porte, le visage sombre. Aucune parole n'est nécessaire. D'un geste, il ordonne la progression. Ils retrouveront leurs amis. Ils ne peuvent pas échouer. Théoliste, pâle comme la mort, reste figé et il faut quelques paroles murmurées au creux de son oreille par Pèire pour qu'il se remette en mouvement.
    Les salles suivantes sont tout aussi désertes, et c'est lentement mais sûrement qu'ils progressent jusqu'aux prochains escaliers.

    Lorsqu'ils débouchent dans la salle des gardes, elle est également vide. Alors qu'en toute logique, leurs ennemis auraient dû préparer leur traquenard ici. Ils ne les laisseront pas partir, c'est impensable. Alors où sont-ils ? Dans les souterrains ?

    L'homme qui manie les tables avance très prudemment et les mages qui l'entourent scrutent chaque détail à la recherche d'un piège. Les bancs et la table qui meublaient cette pièce sont désormais contre les murs, c'est le changement visible depuis qu'ils sont passés par là, à peine quelques heures plus tôt. Quelques heures. Qui semblent être une éternité aux yeux d'Elland, dont les forces s'amenuisent à mesure que les bandages de fortune laissent s'écouler son sang.
    Si leurs ennemis ne sont pas là, alors ils les attendent dans les souterrains, juste derrière la porte. Ils ne prendraient pas le risque de diviser leurs forces dans le labyrinthe.

    Et soudain, les mages en tête sont aspirés par le sol. Les tables qui servaient de bouclier s’effondrent dans un fracas infernal. Fracas qui couvre à peine les cris d'agonie des sorciers. Ceux qui suivaient de près reculent vivement dans la confusion. La porte des souterrains s'ouvre alors, permettant aux archers de tirer leurs traits mortels.


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    Résumé :

     

    Après avoir sauvé le prince Aleksander - dont il était l'esclave -, et l'empire tout entier, de la menace des rai-kirah, Seyonne est redevenu un homme libre. Mais le retour parmi les siens ne sera pas aussi simple qu'il l'espérait : il a été souillé par sa captivité et son peuple n'est pas prêt à lui rendre sa place de Gardien des Ames. Il va devoir, une fois de plus, lutter pour regagner la confiance des Ezzariens et, plus que tout, de celle qu'il aime.

     

    Mon avis :

     

    La sortie en poche du second tome a été pour moi l'occasion de relire le premier tome, que j'avais beaucoup apprécié. C'était l'occasion de découvrir, enfin, ce qu'il advenait de ce cher Seyonne. Au final, le bilan est plus que mitigé.

     

    Au risque de vous spoiler, autant le dire tout de suite : ce que j'avais aimé, c'était cette alliance improbable entre un esclave et un prince. Nous retrouvons ici Seyonne, certes, mais Aleksander ne fait qu'une très courte apparition. Frustrant, donc.

     

    Le retour de Seyonne parmi les siens ne fait pas l'unanimité, loin de là. Il reprend sa lutte contre les démons, malgré tout, car il est le dernier des Gardiens capables de le faire. J'ai aimé voir les Ezzariens tenter de reprendre le cours de leur vie, de reprendre cette lutte au prix d'entraînement intensif de la jeune génération. J'ai trouvé très intéressant le fait que les Ezzariens, engoncés dans les traditions et les croyances, ne fassent pas table rase du passé pour accueillir Seyonne en sauveur.

    J'ai beaucoup apprécié la première partie, grâce à la plume fluide de l'auteur, aux retrouvailles avec certains personnages qu'on avait croisé dans le premier tome et à la découverte de cette magie. Le seul bémol, c'est l'union entre Seyonne et sa femme, qui m'a paru très fade. Il répète à l'envi que c'est la femme de sa vie, qu'elle lui ait destinée, qu'ils sont un couple dans la vie et dans la lutte contre les démons. Le seul problème, c'est que je ne l'ai pas ressenti. Je n'ai ressenti aucune complicité, aucun amour entre eux : ils sont ensemble, c'est tout.

     

    Et puis, Seyonne fait une rencontre surprenante, un jour, lors d'une lutte contre un démon. Il croit comprendre que cette lutte contre les démons est plus complexe qu'ils le croyaient. Bon point, on quitte un peu le côté manichéen de cette lutte pour rentrer plus dans la subtilité.

    Seyonne décide donc de partir à la recherche de la vérité. Jusque là, j'aime. Sauf que ça part en quenouile, à mon goût.

     

    Il se retrouve dans des situations incroyables, seul contre tous, où personne ne croit à ce qu'il avance. Je n'y croyais pas beaucoup plus, et qu'il se pose en victime que personne ne comprend ni ne croit m'a un peu agacé, d'autant qu'on fait le tour de ses alliés potentiels. Certes, c'est très crédible, c'est très réaliste, mais j'ai trouvé que c'était un peu trop.

    Et ensuite, il décide d'aller voir lui-même les démons, pour en parler avec eux et apprendre plus de choses sur eux. Louable intention, mais stupide. Ce n'est pas tant le fait qu'il y croit vraiment qui m'a gêné, mais plus la longue énumération, ensuite, de ce qu'il subit.

    Parce que forcément, ils sont ennemis depuis des siècles, les démons ne l'accueillent pas à bras ouverts.

    Et c'est à ce moment là que j'ai décroché. Je n'étais pas convaincue par sa quête, et lire, pendant peut-être quatre cent pages, qu'il se fait torturé, puis qu'il se fait manipulé, puis qu'il décide de sauver tout le monde alors que tous se liguent contre lui (d'autant que je n'ai pas saisi en quoi c'était indispensable de sauver tout le monde),  ça m'a paru une éternité.

    Je ne voyais plus la fin du roman, j'avais juste envie de savoir comment ça allait se terminé (bon, d'accord, ça veut dire que ça m'intéressait quand même ^^ ). Les derniers rebondissements m'ont tiré une exclamation agacée, j'en avais marre de ces péripéties.

    Le roman, à mon goût, était trop long, et beaucoup d'éléments ont été beaucoup trop développé, créant chez moi une lassitude et un certain écoeurement.

     

    J'ai lu, par curiosité, le résumé du troisième tome. Seyonne se posait en sauveur de l'humanité dans le premier, en sauveur des démons et de l'humanité dans le second, et le troisième s'annonce pire encore.

    Malgré toute l'affection que j'éprouve pour lui, je pense que je me passerai du récit de cette lutte.


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  • ruelle

     

    Il faut une dizaine de minutes aux mages pour revenir avec deux longues tables en bois épais. Tous se joignent à eux pour les faire descendre dans le colimaçon, se protégeant des flèches meurtrières avec les meubles, évitant soigneusement le corps du vieillard. Enfin, avec d'infinies précautions, ils les dressent sur le côté.

    Les bandages rudimentaires d'Elland sont poissés de sang. La douleur, bien qu'atténuée, pulse toujours sourdement, et la perte de sang le fait vaciller. Alors qu'il observe, adossé au mur, le délicat enlèvement de Roscelin, Echidna fait une brutale intrusion dans son esprit. Elle ne dit rien mais il sent parfaitement sa présence, quelque part en lui. Comme si elle analysait son état, scrutant les douleurs de son corps et les faiblesses de son esprit. Elland la laisse faire, trop fatigué pour s'y opposer, trop intrigué pour la repousser. Et la gargouille, malgré la distance qui les sépare, apaise les ultimes douleurs lancinantes, lui met du baume au cœur et lui rend un peu d'espoir. Oui, ils sortiront vivants d'ici. Et oui, les choses s'arrangeront. Et même s'il sait pertinemment que la vision des futurs possibles ne fait pas partie des dons de la gargouille, Elland a envie d'y croire.

    C'est donc malhabile, boitillant, les vêtements en lambeaux, mais déterminé qu'il descend la volée de marche et prend position près de Pèire et des deux mages. Puis, dans un soutien muet, d'autres mages se joignent à eux et se protègent des flèches derrière les tables en bois. Avec la coordination de Pèire, murmurée, les tables avancent doucement, rempart solide contre les arcs courts qu'utilisent les archers, idéals pour les endroits confinés, perçant si facilement les vêtements et la peau, mais pas suffisamment puissants pour transpercer un bois aussi épais.

    Les carreaux se plantent dans la table, la faisant vibrer, ponctuant les attaques d'un bruit de choc retentissant. Mais les pointes s'enfoncent sans jamais transpercer, et les vibrations, si elles mettent leurs nerfs en pelote, ne représentent aucun danger. Alors, dans un crissement de bois, ils avancent, inexorablement.
    Les archers changent de technique : les flèches s'envolent, tentent de les prendre de revers, mais elles échouent, toutes, les unes après les autres. La faute au plafond, trop restrictif.

    Et soudain, l'ordre de repli résonne entre les murs, bref et péremptoire. Ils immobilisent aussitôt leurs tables, n'osant pas se découvrir pour s'assurer que les archers se replient réellement, de crainte que ce ne soit qu'une feinte. Le silence retombe, uniquement troublé par les bruits des pas dévalant les escaliers, droit devant eux. Alors Elland, avec prudence, jette un oeil. Les archers n'y sont plus, la voie est libre. Prestement, ils poussent les tables jusqu'aux escaliers, pour bloquer toute nouvelle intrusion. Et tandis que les derniers mages restés dans le colimaçon les rejoignent, les autres s'empressent d'ouvrir les portes closes. Des chambres, des cellules plutôt, sur toute la longueur, d'où émergent hommes, femmes et enfants hagards. Des sorciers, encore et toujours.

    Ils restent ainsi quelques minutes, le temps de se retrouver et, pour Elland et Pèire, de faire le point sur la situation. Les gardes ont sans doute vu clair dans leur plan : puisqu'il est trop dangereux pour eux de s'aventurer au milieu de leurs captifs, ils bloquent l'unique issue. Les mages ne s'enfuiront pas.
    Une attaque frontale semble bien hasardeuse, d'autant que leurs ennemis sont armés et bien entraînés. Eux, ils n'ont que leur détermination et des pouvoirs. Mais combien d'utiles dans leur situation ?

    Les mages murmurent entre eux, douce cacophonie qui révèle à la fois leur excitation et leur peur. Pèire fait les cent pas, cherchant sans doute une solution qui pourrait les tirer de là. Elland s'est adossé contre le mur, les yeux fermés. Mais l'heure n'est pas au repos et son esprit traque la moindre brèche dans le piège qui s'est fermé autour d'eux. L'idéal, évidemment, serait d'avoir des complices dans les souterrains, prêts à prendre à revers les gardes de cette fichue tour. Mais s'ils avaient des complices, au moins les hommes de Thémus, ils sont à présent emprisonnés, grâce à Tanorède. D'ailleurs, celui-là, s'il peut avoir des barres de bois animées qui battent la laine dans son atelier, c'est sans doute parce qu'il fricote avec cette engeance responsable de l'enfermement des mages.
    Impossible donc de compter sur des renforts. Il y a bien Anthelme, Jehanne et Osvan, enfermés dans une pièce plus bas. Si personne ne les a trouvé et passé par le fil de l'épée. Mais seuls face à vingt gardes... Ouvrant brusquement les yeux, Elland réalise que les archers ne portaient pas l'uniforme des gardes. Pas de hérissons sur le revers de leur veste. Des renforts, sans aucun doute. Évidemment. Les gardes doivent être là pour assurer la sécurité quotidienne, mais il ne fait aucun doute qu'en cas d'attaque ou de rebellions, les responsables ont prévu des renforts.

    Sa jambe gauche faiblit et les bruissements autour de lui s'estompent. Il se laisse lentement glisser contre le mur. Son cœur n'a pas cessé de battre la chamade, mais c'est maintenant une boule d'angoisse qui lui broie le ventre. Il ne peut s'empêcher d'imaginer Anthelme, Jehanne et Osvan découverts, malmenés, baignant dans leur sang.
    Il ne peut s'empêcher d'imaginer Thémus, Théoliste et Saens vaincus par les gardes présents dans les autres étages. Et eux, pris en tenaille.


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  • L-esclave.jpg

     

     

    Résumé :

     

    Seyonne n'a pas toujours été un esclave. Autrefois, les membres de son peuple étaient les gardiens d'une magie comme on n'en avait jamais vu, des protecteurs, des défenseurs. Mais les Derzhi sont arrivés et les ont réduits en esclavage. À présent, des années de misère dégradante ont brouillé la mémoire de Seyonne et miné sa force. Pour son peuple, il est déjà mort. Et à ses yeux, sa propre fin est tout ce qu'il lui reste - jusqu'à ce qu'il rencontre l'espoir dans les circonstances les plus improbables... Vendu une fois de plus, Seyonne est acquis par Aleksander, héritier de l'empire derzhi. Son nouveau maître est un homme froid et d'une insouciante cruauté. Mais en Aleksander dorment les germes de la grandeur.

     

    Mon avis :

     

    J'avais lu ce livre il a y fort fort longtemps, avant la création de ce blog. La sortie du tome 2, en poche, était l'occasion de relire le premier tome, et de le chroniquer.

     

    A vrai dire, à la fin du premier tome, je ne m'étais pas ruée sur le second, aussi étrange que ça puisse me paraître aujourd'hui : j'ai adoré ce roman. Par contre, c'est un roman qui peut se lire en one-shot, il y a une vraie fin, avec certes la vision d'un personnage qui va à la rencontre de nouvelles aventures, mais sans l'aspect : "tant que t'as pas acheté tous les tomes, tu ne sais pas s'il survit ou non".

     

    L'auteur a créé un univers assez simple, mais efficace : un peuple conquérant, les Derzhi, qui étend son territoire en asservissant les autres peuples, et qui règne sur son empire avec une poigne de fer.

    Les vaincus sont réduits en esclavage et  les Ezzariens, porteurs de magie, subissent un traitement cruel qui leur ôte toute trace de magie.

     

    Ce qui est le plus prenant, dans l'histoire, c'est bien sûr de suivre la narration de Seyonne, que la première personne du singulier rend très intimiste. On le suit, lui, l'esclave dépossédé de sa magie, de son honneur et de quasiment tout ce qui lui tenait à coeur, lorsqu'il est acheté par le prince de l'empire derzhi. C'est fascinant de voir l'évolution de cette relation qui, bien que peu surprenante, m'a donné le sourire ou des noeuds dans le ventre. Car la plume de l'auteur rend parfaitement les émotions, on passe du rire, parfois, aux émotions plus douloureuses.

     

    Et puis le roman prend une toute autre ampleur, et il devient difficile de lâcher les pages : on veut absolument savoir comment ça se terminer, maintenant qu'on s'est attaché aux personnages.

    J'ai trouvé que certains personnages secondaires étaient réellement très intéressants, comme la fiancée d'Aleksander, ou le responsable des esclaves. D'autres, en revanche, m'ont laissé de glace.

     

    Il n'en demeure pas moins que j'ai dévoré ce roman, porté par une écriture assez immersive et tout en émotion. Si la fin n'est pas réellement une surprise, j'ai vraiment pris du plaisir à relire ce tome !

     

    J'ai aimé


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  • Phlégias traîne son spleen au milieu des corps suppliciés et des plaintes sourdes.
    Les mains croisées dans le dos, les pieds raclant la pierre brute aux multiples aspérités, passant devant les tortures sans y accorder la moindre importance, Phlégias erre, l'âme en peine.

    Les hurlements de douleur ne lui arrachent pas le plus infime frisson d'extase. La vision des corps jetés dans la fournaise le laisse de marbre. Il va au hasard des chemins, dans l'obscurité rougeoyante des tréfonds de la terre, ignorant ce qui, depuis le commencement de toute chose, était sa raison de vivre, son bonheur quotidien, sa fierté. Il s'ennuie. Il est las.

    Ca fait bien longtemps déjà qu'il ressent cette vague mélancolie, que la douce musique des cris n'est plus que cacophonie à ses oreilles. Mais en ce jour, plus terne encore que les autres, le sixième cercle des Enfers lui fait horreur. Il a une envie d'ailleurs.

    Il s'arrête brusquement, Phlégias, statue de marbre au milieu des ombres dansantes. Ailleurs. Alors brusquement, il fait demi-tour et s'avance à grandes enjambées jusqu'au Styx, qu'il traverse à l'aide de sa barque sans le moindre regard pour ceux qui débattent. Depuis quand n'a-t-il point pris plaisir à les repousser au fond à l'aide de sa rame ? Qu'importe. Et qu'importe également les impudents qui voudraient traverser. Qu'ils patientent jusqu'à son retour.

    D'un pas vif, saluant ses collègues au passage mais ignorant superbement les damnés qui souffrent mille maux, il remonte un à un les cercles de l'Enfer. La première vision qu'il a, une fois hors des entrailles de la terre, ce sont les étoiles : une multitude de points scintillants dans une immensité d'un bleu profond. Et cette simple vision humidifie ses yeux, lui qui n'a pas pleuré depuis des millénaires. Une douce brise nocturne vient caresser son visage et sécher les perles salées qui roulent sur sa peau. La vie.

    Ils s'avance, le regard éperdu, émerveillé par la profusion de couleurs, de nuances, de sons et d'odeurs qui viennent réveiller ses sens. Les mains ouvertes devant lui pour saisir le moindre changement d'air, il lève haut les pieds pour sentir le sol doux à chaque fois qu'il les repose. Il voudrait s'imprégner de chaque détail, de chaque frémissement de vie, lui qui ne connait que les tourments éternels.

    Une source de lumière plus vive, des éclats de voix, des rires. Il s'immobilise. Depuis quand n'a-t-il pas entendu d'autre rire que celui, dément, de Lucifer ? Ses pas le conduisent jusqu'à la source des voix. Il se confond dans les ombres, silencieux, pour observer l'étrange spectacle qui lui est offert.
    Les flammes n'ont rien d'avide ou de mauvais, ici, mais semblent danser et crépiter de joie. Les visages autour sont rayonnants de bonheur, le verbe haut et les rires tonitruants. Une main sur le tronc rugueux de l'arbre qui le dissimule, il observe les parents discuter, les enfants jouer. Il épie ce bonheur dont il ne comprend pas la cause, mais qui fait dévaler l'eau sur ses joues. La vie.

    Et il respire à plein poumons, engrange toutes ces sensations qui lui donnent l'impression d'être à nouveau humain. Il sourit à son tour, sans raison, et son visage s'étire étrangement, et les muscles de ses joues protestent de ce mouvement si rare. L'émotion qu'il ressent lui est étrangère, il ne saurait pas y mettre un nom dessus, mais elle le fait vibrer. Et il adore ça.

    - Il faut rentrer, maintenant, Passeur.

    Phlégias ne se retourne pas. Il a reconnu la voix grave de Minos, son collègue et ami. Il lui en veut un peu, d'avoir rompu le charme. Mais sur son visage sèchent les larmes et revient le vernis de son masque impassible. Il se détourne enfin du chaleureux spectacle, donne une grande tape amicale sur l'épaule de Minos.

    - Allons-y.

    Il ne regarde pas derrière lui. Tout juste enregistre-t-il les ultimes éclats de rire qui résonnent entre les arbres. Il a aimé voir l'ailleurs. Mais il rentre serein : il peut revenir quand il le souhaite, même quelques minutes. En traversant le Styx, c'est avec vigueur qu'il abat sa rame sur le crâne d'un damné. Son rôle a repris tout son sens.


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