• Rivemorte, Chap.63

     

     

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    Une expression de terreur douloureuse marque à jamais le visage du cadavre. Dans un sursaut de répulsion, le voleur s'écarte vivement du corps. Luttant contre la nausée, il remonte sur le dos d'Echidna, qui prend aussitôt de l'altitude. Ce n'est pas Ménandre. Et ce n'est pas franchement dans son intérêt de se faire surprendre à côté d'un mort. Décrétant que ça ne le concerne pas puisqu'il ne connaît pas cet homme, il reprend sa ronde. Echidna repère bien avant lui les deux hommes, au visage masqué par de larges chapeaux, qui avancent rapidement dans une ruelle. Ces deux hommes qui se sont débarrassé du corps. Elle les suit discrètement, jusqu'à leur destination : une petite porte anonyme dans un immeuble anonyme.

    Frissonnant encore de cette rencontre sordide, et tentant vainement d'oublier les yeux du mort qui semblaient le fixer, Elland demande à Echidna de repartir. Elle vole encore un moment, sans grande conviction, avant d'aller poser Elland sur le toit en ardoise attenant à sa tanière. D'un regard, elle lui fait comprendre qu'il doit aller dormir, se reposer quelques heures. Il la remercie à voix basse, s'excuse encore pour son comportement du début de soirée, et lui obéit. Agilement, il se glisse à travers la lucarne et se laisse tomber sur son lit.

    Il s'est endormi à peine la tête posée sur l'oreiller. Un cauchemar atroce le réveille en sursaut, alors que la Grand Tour Célestis n'a pas encore sonné les dix heures. Il prend le temps de fait un peu de toilette et de se raser tant bien que mal avant d'enfiler des vêtements propres. Puis il descend à la salle principale de la taverne.

    Pèire l'attend devant un copieux déjeuner, et s'il n'a pas faim, il se force tout de même à grignoter un peu, histoire de ne pas répéter l'erreur de la veille. Le tavernier aborde une expression sombre. Inutile de lui demander si ses recherches ont porté leurs fruits, c'est visiblement un échec. Elland lui raconte en quelques mots sa nuit et parvient à faire sourire le tavernier en lui expliquant la frayeur qu'il a eut, la minimisant au maximum. Mais Pèire sait très bien ce qu'il a ressenti puisqu'Echidna lui a parlé, juste après leur avoir ravi Elland, afin de le rassurer. Il se contente de sourire, moqueur, et de pousser un léger grognement, mais ne dit rien. Elland, les joues roses, se garde bien d'insister.

    Sans s'étendre sur le sujet, Elland lui raconte la découverte du cadavre. Trois morts en une journée, c'est beaucoup trop pour lui. Cet homme lui est inconnu, donc il ne se mêlera pas de cette histoire, il a déjà bien assez à faire avec ses propres problèmes. Pèire l'écoute attentivement, sans faire de commentaire. Pèire lui avoue à mi-voix qu'il n'a quasiment pas dormi, qu'il est épuisé.


    - Si tu veux, je vais voir Thémus seul et tu te reposeras pendant ce temps.
    - Et je raterai le compte-rendu de l'homme qu'il a envoyé chez Guevois ? Tu plaisantes j'espère ?
    - Je... enfin, c'était une proposition comme ça.
    - Je viens. Le sommeil attendra.

    Elland ne peut qu'approuver. De toute façon, quand le tavernier a décidé quelque chose, il est quasiment impossible de le faire changer d'avis. Ils se mettent rapidement en chemin, impatients de connaître les résultats de cette infiltrations.

    De lourds nuages avancent paresseusement dans le ciel, annonciateurs d'un orage imminent. La foule se presse sur les pavés, pressée de regagner l'abri des toits. De nombreuses patrouilles sillonnent les ruelles, visiblement plus intéressées par les badauds que d'habitude. Sans oser interroger Pèire à voix haute, de peur d'être entendu par des oreilles indiscrètes, Elland se demande tout de même si ces patrouilles sont liées à la découverte du couple. Rivemorte est une ville aux mille dangers, mais ce genre de meurtre n'est pas si fréquent. La garde doit être sur le qui-vive pour trouver les coupables rapidement et rassurer la population. Car les gens parlent, en témoigne ces petits rassemblements, au détour d'une rue, qui murmurent en regardant autour d'eux puis qui se dispersent dès qu'arrive la patrouille.

    Elland, rendu mal à l'aise par cette profusion d'uniformes, hâte le pas, rapidement imité par Pèire. Ils s'engouffrent dans l'atelier de Thémus, comme s'ils avaient le diable aux trousses, et se permettent enfin de souffler. Et de se raisonner : personne ne peut savoir qu'ils étaient dans la petite maison du couple. Personne ne les a vu. Personne ne les forcera à avouer un crime qu'ils n'ont pas commis.

    Une jeune femme, au visage ravagé par les larmes et aux yeux rougis, jaillit de l'arrière-boutique et se faufile entre les deux amis pour s'échapper dans la ruelle. Se regardant avec inquiétude, ils décident de s'avancer jusqu'à la salle. Thémus est assis, les coudes posés sur le plateau de bois. Devant lui, de multiples verres vides témoignent des nombreuses visites qu'il a reçu depuis l'aube. Le cordonnier se tient la tête entre les mains et marmonne des paroles incompréhensibles. Il se redresse entendant Elland et Pèire entrer. Son visage, malgré la tristesse qu'il exprime, annonce clairement sa colère. Même ses moustaches semblent trépigner de rage. D'une voix vibrante, il leur annonce :


    - Il a été abattu.
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