• Rivemorte, Chap 89

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    - De moi ? Elle a dit quoi ?
    - Qu'elle ne s'attendait pas à te voir. Que tu étais un « élément surprenant ».

    Ils rangent les herbes dans leurs pots respectifs, mettent de côté les ustensiles sales, nettoient la table tandis que Théoliste raconte. D'après ce qu'il en a compris, Jehanne devait absolument quitter la ville, c'est pour cette raison qu'elle a trouvé refuge dans la tour maudite, au milieu de la forêt. L'ancienne demeure d'un de ses amis, d'après ce qu'il en a compris.

    Seule, isolée, terrifiée par ses poursuivants, elle a voulu renouer le contact avec ses créatures. Mais elle n'a qu'à moitié réussi, et une seule d'entre elles est venue. Théoliste raconte, avec amusement, la surprise qu'elle a eu en voyant un homme sur le dos d'Echidna. C'est pour ça qu'elle lui a lancé un sort, pour le réduire à l'impuissance et décider de la conduite à tenir. Et en le voyant là, inconscient, elle a estimé que c'était une trop belle occasion : elle s'en est servi de cobaye pour tester la salive des gargouilles.

    Théoliste s'emballe soudain, répétant à quel point cette salive est fascinante. Ses yeux brillent de curiosité et il s'agite, faisant de grand gestes. Elland, amusé, n'ose pas l'interrompre, même lorsque Jehanne sort de sa torpeur et vient leur prêter main forte.
    A eux trois, ils ont vite fait de tout ranger, tout nettoyer. Ne restent que les victimes de leurs expériences, ces meubles maltraités qui rejoindront le cimetière d'éclopés au grenier.

    Leur laissant un peu d'intimité pour faire un brin de toilette, Elland regagne son repaire. Cet intermède lui a permis de prendre un peu de recul sur l'enquête. Certes, ils n'ont pas encore retrouvé Ménandre mais au moins, ils avancent. Lentement, mais sûrement.
    Lui aussi fait un brin de toilette : certaines galeries étaient envahies par les toiles d'araignées, et l'odeur l'a suivi jusqu'ici, malgré celle, tenace, des expériences.

    Une fois prêt, il redescend à la salle principale, où l'attendent Pèire, Jehanne et Théoliste. Elland connaît trop de personnes qui souffrent de la faim pour gaspiller de la nourriture, mais le cœur n'y est pas. Le déjeuner a beau être délicieux, il pioche dedans, le ventre noué. Que peuvent-ils faire désormais pour retrouver Ménandre ? L'ambiance est lourde, autour de la table. Pèire est toujours grognon, Théoliste tente de se faire tout petit et semble lui aussi avoir l'appétit coupé. Quant à Jehanne, elle mange sans bruit, visiblement ravie d'avoir un bon plat sur table. De ce fait, ils déjeunent rapidement, dans un silence pesant. Une fois le repas terminé, Théoliste annonce qu'il a des patients à visiter. Jehanne, elle, regarde Pèire avec un air de chien battu, et ce dernier ne résiste pas : il lui promet de passer une partie de l'après-midi avec elle. Elland commence à ressentir de la fatigue, aussi indique-t-il à ses amis qu'il va se reposer quelques heures. Mais il ne leur dit pas qu'il espère que le sommeil lui apportera conseil, et qu'il aura plus d'idées pour mettre la main sur le gamin.

    Sa tanière lui semble presque étrangère : après être resté cloitré à l'intérieur pendant des journées entières, il n'y passe plus que quelques heures de temps en temps depuis l'enlèvement. Debout au milieu de la pièce, il n'arrive pas à se réjouir d'avoir un chez-lui sûr et accueillant. Ce sera pour plus tard, quand cette affaire sera terminée. Il s'avance jusqu'à la lucarne, d'où il aperçoit Echidna, figée, qui semble veiller sur la rue. S'ils doivent explorer tous les souterrains, ses moments de complicité avec la gargouille vont se réduire comme peau de chagrin. Cette certitude achève de le démoraliser et c'est en soupirant qu'il va s'allonger sur le lit. Il y a bien une chose qu'ils pourraient faire : capturer l'un des hommes de Tanorède et le faire parler, qu'importent les moyens déployés. Mais il ne peut pas se résoudre à recourir à la torture, pas après l'avoir vécue. Quand bien même il s'agit d'assassins et de voleur d'enfants. Il ne peut pas.

    Ses pensées tournent sans répit dans son esprit, toujours plus défaitistes, jusqu'à ce que le sommeil l'emporte. Mais ce n'est pas un sommeil calme et reposant : le Comain, comme toujours, est présent, accompagné par le gamin. Et c'est en sueur qu'il se redresse soudainement sur son lit, parcouru de frissons d'épouvante, le souffle court. Se prenant la tête entre les mains, il est sur le point de se laisser au désespoir quand des coups sont frappés à la porte.

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